Entretien
Denis Moreau. « Une sagesse modeste pour temps doux-amers »
© Olivier Marbœuf pour PM
Cet article est réservé aux abonnés.
Cet article est issu du numéro 58 de Philosophie magazine « 58 - avril 2012 », en kiosque le 29 mars 2012. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Pour le philosophe, l’Ecclésiaste exprime le désenchantement de la condition humaine, sans toutefois renoncer à l’espérance. Il s’agit aussi d’un dialogue critique avec deux grands courants de la philosophie antique, le stoïcisme et l’épicurisme.
Comment concevoir la place de l’Ecclésiaste dans la Bible ?
Denis Moreau : « Bible » traduit le grec ta biblia, « les livres », ou même « la bibliothèque » : il faut garder à l’esprit le caractère pluriel, hétérogène, de cette collection de textes. Certains racontent des histoires, d’autres proposent des enseignements moraux et théologiques, des prophéties, d’autres encore (exemplairement les Psaumes) s’attachent à décrire la condition et l’expérience humaines, sous tous leurs aspects, des plus joyeux aux plus tragiques. Je rangerais l’Ecclésiaste dans cette dernière catégorie. C’est un texte sur la déception, le désenchantement. Il propose une sorte de théorie générale, quoique non systématique, de ce type de rapport au monde, ainsi qu’une description, à la fois phénoménologique et poétique, de ce moment sans doute inévitable de la vie de l’esprit qu’est l’expérience de la lassitude généralisée, de la délectation morose, de la mélancolie, de l’« à quoi bon ? ».