Hors-série "Stoïcisme"

Stoïcisme et taoïsme

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Cet article est issu du Hors-série n°n° 49 de Philosophie magazine « Stoïcisme - Construire sa citadelle intérieure », en kiosque le 06 mai 2021. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Beaucoup de choses apparentent le taoïsme au stoïcisme. Seul les distingue le rapport, décisif, à l’individualité. Là où les stoïciens visent à l’appropriation de soi par l’exercice de la raison, le taoïsme tend à la dépossession de soi.

 

Avec ou sans moi

« Résignez-vous à ce qui ne peut être évité et nourrissez ce qui est en vous. […] Les accidents venant de l’extérieur ne peuvent être prévus ni évités, pas plus par les bons que par les méchants. » L’auteur de ces lignes pourrait être Épictète, tant elles évoquent le plus célèbre de ces principes : « des choses, les unes dépendent de nous, les autres ne dépendent pas de nous. […] Ce qui dépend de nous est, de sa nature, libre, sans empêchement, sans contrariété ; ce qui ne dépend pas de nous est inconsistant, esclave, sujet à empêchement, étranger. » Le précepte vient, pourtant, d’un tout autre coin du monde, et d’une tout autre époque : nous le devons à Tchouang-tseu, l’un des plus importants penseurs du taoïsme.

 

Les points communs entre les deux courants sautent aux yeux : à Rome comme en Chine, ils professent le développement de notre liberté intérieure par le détachement à l’égard de tout ce qui nous échappe. En particulier à l’égard de notre propre vie et de notre corps. De toutes choses, Tchouang-tseu écrit en effet que « leur entrée sur la scène de la vie n’est pas remarquée, leur sortie ne fait aucun bruit. Pas de porte visible, pas de logis déterminés. Ils viennent de tous les côtés, et remplissent l’immensité du monde, êtres contingents et éphémères. » Marc Aurèle lui répond : « Tu as subsisté comme partie du Tout. Tu disparaîtras dans ce qui t’a produit, ou plutôt, tu seras repris, par transformation, dans sa raison génératrice. » Rien ne dure, ici-bas. Pourquoi donc nous attrister de la disparition des choses ? Et même de notre propre disparition ? « L’esprit qui, supérieur au ciel, à la terre, à tous les êtres, habite dans un corps auquel il ne tient pas, ne fait aucun cas des images que ses sens lui fournissent, connaît tout par connaissance globale dans son unité immobile. Cet esprit-là [est] absolument indépendant », conclut ainsi Tchouang-tseu.

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