Biographie

Marc Aurèle. L'empire sur soi

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Marc Aurèle. L'empire sur soi

© Lionel Richerand pour PM

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Cet article est issu du numéro 39 de Philosophie magazine « 39 - mai 2010 », en kiosque le 29 avril 2010. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Aristocrate romain adopté par la famille impériale, Marc Aurèle se révèle très tôt adepte de la philosophie. Il découvre le stoïcisme qui l’aide à conduire sa vie autant que son empire. En accord avec la nature, l’homme devient une « forteresse imprenable », un sage détaché des passions. Cette maîtrise de soi lui permet d’étendre son autorité sur le monde.

Pour un instant, imaginez-vous maître du monde. Vous régnez sur un immense empire, avec les responsabilités politiques et morales que cette charge implique. Le soir venu, harassé, vous vous pliez pourtant à un examen de conscience serré, consigné par écrit, et puisez dans la philosophie de quoi nourrir votre existence et votre action. En une fraction de seconde, vous avez épousé la condition de Marc Aurèle : dans l’Histoire, il présente la singularité d’avoir été à la fois empereur et philosophe. Qui a dit que la pensée et le pouvoir ne faisaient pas bon ménage ? Chez lui, la philosophie stoïcienne, dont il livre avec ses Pensées pour lui-même un témoignage unique, n’est pas seulement l’aiguillon de l’art de gouverner : elle est aussi le pivot de l’art de vivre.

Il naît en 121 à Rome, sous le nom de Marcus Annius Verus. Il est issu d’une famille riche et influente de l’aristocratie : son père, qu’il perd tôt, est magistrat, tandis que son grand-père maternel est consul et préfet de l’empereur en place Hadrien. Ce dernier remarque et couve le jeune Marcus, dont la vocation philosophique perce rapidement : à 12 ans, il abandonne la robe des fils de patriciens pour le manteau d’étoffe grossière des philosophes, un signe d’ascèse matérielle et spirituelle popularisé par Diogène le Cynique. Sans s’enfermer dans un tonneau, il entend dormir à la dure et s’il consent à jeter sur le sol de menues peaux de bête, ce n’est que devant l’insistance prévenante de sa mère… En 138, Hadrien désigne son successeur, Antonin le Pieux. Prévoyant, il demande à ce dernier d’adopter Marcus – à cette époque de l’Empire romain, le pouvoir ne se transmet plus nécessairement de père en fils. L’adolescent prometteur prend alors le nom de Marc Aurèle. Dès l’année suivante, il est élevé à la dignité de César, c’est-à-dire d’héritier légitime et, en 145, il se marie avec la fille d’Antonin, Faustine. Ils auront treize enfants, dont six survivront, cinq filles et un garçon, Commode. Dans le sas du titre suprême, Marc Aurèle se familiarise avec la gestion quotidienne de l’empire et parfait sa formation intellectuelle. Il oscille entre la philosophie et la rhétorique, l’art de l’éloquence et de la composition des discours, que lui dispense son maître et ami intime, Fronton. Il se convertit définitivement à la première grâce à un passeur décisif, le stoïcien Junius Rusticus, qui lui fait découvrir Épictète (lire encadré page suivante). L’enseignement de cet esclave affranchi est pour le futur empereur un choc existentiel. Désormais, Marc Aurèle fait le choix actif d’une vie réglée d’après les préceptes stoïciens.

 

Le stoïcisme, une précieuse boussole

Alors que Marc Aurèle est voué à prendre la tête d’un Empire romain à son apogée (il s’étend des îles britanniques aux contrées orientales et couvre le pourtour méditerranéen), le stoïcisme apparaît comme une précieuse boussole. Depuis sa fondation par Zénon au IVe siècle avant Jésus-Christ, ce courant affirme que l’homme doit vivre en accord aussi bien avec sa propre nature d’être rationnel qu’avec l’Univers régi par un ordre immuable, le destin, dont il faut accepter les décrets avec impassibilité. Les stoïciens estiment également que certaines actions constituent des devoirs (kathekonta), comme le fait de se marier, de participer à la vie politique, de respecter les traditions religieuses et encore de défendre la patrie. Le stoïcien est un bon citoyen et, si les circonstances l’obligent, un guerrier. C’est pourquoi l’école d’origine grecque, longtemps éclipsée, revient en force dans un monde romain qui exalte les vertus du civisme et de la piété. De plus, elle appuie l’ambition impériale, car elle est porteuse d’un idéal cosmopolitique. Pour les stoïciens, tous les êtres participent de la raison universelle : « Les hommes sont citoyens d’un même monde », proclame Épictète dans ses Entretiens.

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