France / Catholicisme

Denis Moreau : “La doctrine et l’organisation de l’Église favorisent-elles les violences sexuelles ?”

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Denis Moreau en 2019

Denis Moreau en 2019. © Jean-Matthieu Gautier/Hans Lucas

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Cet article est issu du numéro 156 de Philosophie magazine « C’est quoi un bon Français ? », en kiosque le 13 janvier 2022. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Suite à la publication du rapport Sauvé estimant à 330 000 le nombre de mineurs victimes de violence dans l’Église depuis les années 1950, le philosophe Denis Moreau, spécialiste de Descartes et lui-même catholique, prend position contre tous ceux qui cherchent à minimiser la gravité du problème.

 

Comment avez-vous accueilli le rapport Sauvé ?

Denis Moreau : Cela a été un grand choc ! 330 000 enfants depuis 1950, c’est terrifiant ! Certes, c’est une estimation obtenue par extrapolation, et on ne connaîtra jamais le nombre exact de victimes, mais, dans tous les cas, leur nombre est très élevé. 

 

L’usage de l’adjectif « systémique » pour qualifier ces abus a été critiqué. Est-il pertinent ?

Il s’agit de savoir si les violences sexuelles au sein de l’Église catholique s’expliquent par la perversion personnelle de certains individus ou s’il y a dans l’organisation, voire dans la doctrine, de l’Église des éléments qui suscitent ou facilitent ces actes. Face au caractère massif et continu du phénomène, on ne peut exclure la seconde hypothèse. Et la longue dissimulation de ces affaires est révélatrice d’une conception selon laquelle le scandale dont il fallait se garder – « Malheur à celui par qui le scandale arrive ! » (Évangile de Matthieu, 18,7) – était celui qui mettait en cause l’Église plutôt que celui d’attenter à la vie des victimes. En ce sens au moins, la question est bien « systémique ».

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