“Les Hermaphrodites”, un inédit de Michel Foucault : quand les intersexes questionnaient l’idée de vérité

Une recension de Octave Larmagnac-Matheron, publié le

Alors qu’il travaille à l’Histoire de la sexualité (1976-1984), Foucault découvre le journal de l’hermaphrodite Herculine Barbin et rédige un volume jamais publié sur l’intersexuation. Il y distingue trois séquences dans le traitement des individus à l’« anatomie ambiguë ». Dans la première, de l’Antiquité à la Renaissance, coexistent deux « régimes ». D’un côté, le discours médical fait de l’intersexe un monstre mêlant deux ordres devant rester séparés. De l’autre, dans le régime juridique, l’hermaphrodite se voit assigner d’office un sexe, mais l’individu peut, une fois adulte, en changer – sans pouvoir faire marche arrière. L’hermaphrodite « porte un sexe de décision », auquel il doit conformer sa pratique sexuelle. La deuxième séquence, à l’époque classique, est marquée par le passage d’une logique de « juridiction » à une logique de « véridiction » : l’affirmation libre fait place à la recherche d’un « vrai sexe », caché derrière l’apparente ambiguïté, qu’il revient au médecin d’établir. Avec la dernière séquence, ouverte au XIXe siècle, l’hermaphrodisme devient synonyme de débauche. Si les progrès de l’embryologie montrent l’existence d’un état premier d’indétermination sexuelle, l’intersexe est interprété comme blocage, à un stade immature, du développement physiologique dit normal. Indéterminé, « modèle » du « pervers », l’hermaphrodite est marginalisé par un « infradroit institutionnel » qui le tient « hors contact, hors circulation, hors reproduction ». Bref, Foucault dresse une fresque passionnante où l’exigence d’attribuer à l’individu une « identité sexuelle » apparaît, toujours plus nettement, comme un souci de régler les conduites et les plaisirs.

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