Cinéma
“Un jour fille” : la vie extraordinaire de Jean-Baptiste Grandjean, né Anne, intersexe du XVIIIe siècle
Marie Toscan dans le rôle d’Anne/Jean-Baptiste Grandjean, dans “Un jour fille”, réalisé par Jean-Claude Monod. © Kapfilms Distribution
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Qui a lu Michel Foucault connaît sûrement l’histoire d’Herculine Barbin, née intersexe, auquel le penseur a consacré le livre Herculine Barbin dite Alexina B. (Gallimard). Mais qui a entendu parler de Jean-Baptiste Grandjean, né Anne, un siècle plus tôt, en 1732 ? C’est à ce parcours de vie à l’écart des normes et au procès qu’il a suscité que le philosophe et cinéaste Jean-Claude Monod s’intéresse dans Un jour fille, qui sort en salles ce mercredi. Entretien.
Un jour fille suit la trajectoire d’une quasi inconnue, passée sous les radars de l’histoire : Anne Grandjean, née hermaphrodite mais contrainte à changer de genre en raison de son attirance pour les femmes. Devenue homme sous le nom de Jean-Baptiste, il s’énamoure d’une femme, l’épouse et vit d’amour… avant d’être dénoncé et traîné en justice, où des médecins départagent son identité et des juges sanctionnent cette relation prétendue homosexuelle, offensant la tradition et les mœurs. Où s’affrontent aussi les grands débats des Lumières et s’éclaire un pan de l’histoire des idées, auquel Michel Foucault projetait de consacrer un essai.
D’où est venue l’idée de réaliser ce film ?
Jean-Claude Monod : Je suis tombé sur une mention de la vie d’Anne Grandjean dans le cours que donne Michel Foucault en 1974-75 au Collège de France, qui s’intitule « Les Anormaux ». Il y déploie une réflexion non tant sur les hermaphrodites en tant que tels, que sur les comportements d’hermaphrodites qui se seraient mariés ou auraient eu des rapports avec des personnes de l’un ou l’autre sexe, voire de l’un et de l’autre. Ce sont ces procès qui intéressent surtout Foucault, dont il retrouve la trace jusqu’au Moyen Âge. Ce qui m’a frappé dans cette histoire précisément est le fait qu’on lui demande de changer d’habit, de nom et donc de genre, puis qu’on condamne Anne, devenue Jean-Baptiste, pour avoir suivi cette injonction d’un directeur de conscience, une fois marié. Ce parcours semble à la fois extraordinaire, absurde et tragique. Partant de cette piste, j’ai été chercher le mémoire de l’avocat qu’évoquait Foucault dans les quelques pages de son cours, maître Vermeil. Celui-ci raconte toute l’histoire, rappelant les arguments invoqués pour défendre Jean-Baptiste Grandjean lors de son procès en appel, après qu’il a été inculpé pour outrage aux bonnes mœurs, parce qu’il vivait avec une femme, soupçonné d’avoir caché son hermaphrodisme pour assouvir des tentations lesbiennes. Vermeil reconstitue ainsi toute sa vie, et cela m’a paru être une base de scénario.