Biographie

Michel Foucault. Le dissident

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Michel Foucault. Le dissident

© Hélène Builly / Costume 3 pièces pour PM

 

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Cet article est issu du numéro 40 de Philosophie magazine « 40 - juin 2010 », en kiosque le 27 mai 2010. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Prenant le contre-pied des courants de pensée établis, Michel Foucault s’oppose aussi bien au marxisme qu’à l’existentialisme de Sartre. L’histoire des marges – la folie, la prison – nourrit son travail critique, auquel se mêlent ses expériences de vie et ses engagements. Provocant, militant, il étudie le discours, le pouvoir ou la sexualité, et cherche obstinément à « secouer les habitudes de pensée ».

 

« Je suis un expérimentateur et non pas un théoricien. » Au carrefour de la philosophie et de l’histoire, Michel Foucault manipule des objets explosifs pour la pensée, de la folie à la sexualité, et explore pour mieux les dynamiter les lieux de la marginalité, de l’hôpital psychiatrique à la prison. Le regard n’a rien d’extérieur, car, chez lui, la vie et l’œuvre entrent en vases communicants : « Il n’y a pas de livre que j’aie écrit sans, au moins en partie, une expérience directe, personnelle. » « Fragments d’autobiographie », ses travaux sont également pour lui des jalons destinés à le « transformer » et à nourrir ses engagements.

Michel Foucault en huit dates

  • 1926. Le 15 octobre, naissance à Poitiers. 
  • 1961. Soutient sa thèse Folie et déraison. Histoire de la folie à l’âge classique, rédigée en Suède et en Pologne. 
  • 1966. Parution des Mots et des Choses. Professeur de philosophie à Tunis. 
  • 1970. Élu Professeur au Collège de France. 
  • 1971. Fondation du GIP (Groupe d’Information sur les prisons), dissous en décembre 1972. 
  • 1975. Surveiller et punir, sous-titré Naissance de la prison. 
  • 1976. Publication du premier tome de l’Histoire de la sexualité, La Volonté de savoir. 
  • 1984. Sortie du deuxième et du troisième tome de l’Histoire de la sexualité, L’Usage des plaisirs et Le Souci de soi. Le 25 juin, il meurt du sida.

Il naît en 1926 à Poitiers, d’une famille bourgeoise où le père comme le grand-père sont médecins. À 19 ans, il intègre l’École normale supérieure de la rue d’Ulm, à Paris, dans un climat intellectuel dominé par la pensée hégélienne, le marxisme et la phénoménologie de Husserl. Michel Foucault est alors un jeune homme hautain, agressif, hanté par la peur de l’échec et tourmenté par son homosexualité. Il tente de se suicider en 1948. Agrégé de philosophie trois ans plus tard – à l’oral, il tire comme sujet « La sexualité » – il se tourne vers une autre discipline, émergente, la psychologie. Il l’enseigne à Lille, et relaie son intérêt théorique par une fréquentation assidue du milieu psychiatrique : à l’hôpital Sainte-Anne, à Paris, il assiste aux traditionnelles présentations des malades, et participe aux travaux d’un laboratoire d’électro-encéphalographie, qui étudie notamment les réactions nerveuses de l’organisme. Il se rend aussi dans une prison, à Fresnes (94), pour réaliser des examens médico-psychologiques auprès de détenus. En prise avec les écarts par rapport aux normes, il est marqué par les penseurs et les écrivains qui ébranlent le primat de la raison, Nietzsche ou encore René Char, dont le vers « Développez votre étrangeté légitime » résonne chez lui comme une injonction. Presque logiquement, Foucault décide de consacrer sa thèse à la folie. Il la rédige à l’étranger (en Suède, puis en Pologne, où il anime des Centres culturels français) et la soutient à la Sorbonne en 1961. Épopée qui commence avec l’épisode de la nef des fous – ces bateaux qui sillonnent les canaux européens à la fin du Moyen Âge –, son Histoire de la folie à l’âge classique montre comment, à partir du milieu du XVIIe siècle, la folie a été exclue, enfermée puis traitée comme une maladie mentale par la raison triomphante.

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