Notre livre de 2015 : “Face à Gaïa”, de Bruno Latour

Une recension de Alexandre Lacroix, publié le

L’une des petites réserves que l’on peut émettre sur cet essai, tiré des Gifford Lectures du philosophe Bruno Latour, est qu’il reprend et développe des idées proposées au départ par Michel Serres dans La Guerre mondiale en 2008, sans préciser sa dette. Latour rend certes hommage à Serres pour Le Contrat naturel (1990), ouvrage pionnier de la pensée écologique, mais n’explique nulle part qu’il lui a emprunté sa proposition principale : à savoir qu’une « guerre mondiale » fait rage et qu’elle n’oppose pas des armées humaines, mais les humains à tous les autres vivants de la planète. Il n’en reste pas moins qu’il y a un vrai plaisir à lire cette série de huit conférences, qui transforme la réflexion en une aventure : Bruno Latour décrit la « grande guerre écologique » dans laquelle nous sommes engagés comme une « guerre des mondes » et prend la parole comme le meneur d’un jeu de plateau, s’aidant de diagrammes et de cartes magiques. Nous entrons avec lui dans un combat où nous sommes placés sous l’autorité de la déesse tutélaire Gaïa, et où les ennemis de la Terre – Latour qualifie carrément les climatosceptiques de « révisionnistes » ! – s’opposent, non pas aux humains, mais aux « Terriens » résolus à habiter la zone critique et à la défendre. Et l’on suit ce duel magnifiquement orchestré sans trop savoir s’il s’agit d’un conte, d’un outil de compréhension des forces en présence, ou des deux à la fois.

Cet article est réservé aux abonnés
Sur le même sujet



Article
18 min
Alexandre Lacroix

Dans son dernier essai, le philosophe des sciences Bruno Latour reprend – et affine – la fameuse « hypothèse Gaïa » qui fait de notre planète un…

Bruno Latour, les pieds sur Terre

Article
13 min
Catherine Portevin

Son dernier livre est un monument. Le philosophe entreprend de ravaler notre conception de la modernité, de ses valeurs et de ses institutions…

Bruno Latour, un antimoderne éclairé à Paris



Le fil
2 min
Ariane Nicolas

« Transmettre. » Tel était le thème de l’édition 2020 de Citéphilo, festival d’idées qui n’a pu se tenir comme à  l’accoutumée à Lille et dans…

Clôture de Citéphilo 2020 : Bruno Latour