Notre livre de 2022 : “Ethnographies des mondes à venir”, de Philippe Descola et Alessandro Pignocchi

Une recension de Alexandre Lacroix, publié le

Philippe Descola est l’auteur de l’une des œuvres les plus influentes des vingt dernières années en sciences sociales : Par-delà nature et culture (Gallimard, 2005). Il y découpe les modalités des relations entre humains et non-humains en quatre catégories – les plus commentées étant le « naturalisme » des Occidentaux et l’« animisme » des peuples de chasseurs-cueilleurs. Mais cette somme est d’une lecture ardue, à la différence d’Ethnographies des mondes à venir. D’abord, les concepts de Descola y sont exposés, sur le ton de la conversation, de façon limpide. On comprend mieux ce qu’il entend par la discipline oxymore qu’il a fondée, « l’anthropologie de la nature », et pourquoi il invite à concevoir une écologie sans naturalisme. Certains développements sont frappants, tel celui où Descola montre que le concept biologique d’évolution a été inventé pour restaurer une vision linéaire et progressiste du développement humain, au moment même où l’interconnexion entre les continents faisait voler cette belle unité en éclats. Last but not least, Alessandro Pignocchi a dessiné de courtes bandes dessinées décapantes, comme celles où l’on voit Emmanuel Macron et Bruno Lemaire partir sur les routes, camper à la belle étoile et manger des sauterelles pour « renouer avec les esprits de la nuit et du vent ».

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