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Philippe Descola: par-delà nature et culture

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Cet article est issu du numéro 29 de Philosophie magazine « 29 - mai 2009 », en kiosque le 30 avril 2009. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Initiateur du genre autobiographique, avocat de la démocratie directe et ethnologue avant l’heure, Rousseau semble un de nos contemporains égaré dans le XVIIIe siècle. La preuve par trois.

« “Jean-Jacques Rousseau, fondateur des sciences de l’homme” : tel est le titre d’une conférence prononcée par Claude Lévi-Strauss à Genève en 1962. Pour Lévi-Strauss, Rousseau a jeté les bases de l’ethnologie en définissant son objet, c’est-à-dire en s’intéressant aux situations d’interface entre nature et culture. Il en a également établi le programme, en préconisant d’envoyer scientifiques et philosophes aux quatre coins du monde pour dégager une unité humaine sur fond de l’étude des différences. Enfin, Rousseau a eu l’intuition de la méthode de l’enquête ethnographique par son insistance sur la dimension de l’identification à l’autre. Dans le Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes, la pitié désigne précisément ce schème de l’identification à l’humain et au non-humain, à l’animal par exemple. Ce dernier point est capital : certes, Rousseau décrit le passage de l’état de nature à la société, avec pour scène primitive la clôture d’un terrain ; dans Les Structures élémentaires de la parenté, Lévi-Strauss propose d’ailleurs une autre scène fondatrice, lorsque l’instauration de la prohibition de l’inceste débouche sur l’exogamie, marquant ainsi le passage à la culture. Cependant, chez ces deux auteurs, le basculement n’implique pas une primauté de la culture sur la nature ; plus encore, Rousseau comme Lévi-Strauss me semblent se situer par-delà nature et culture, étant mus par l’idée que l’homme doit être situé dans l’ensemble plus vaste des êtres vivants. Le goût de Rousseau pour l’herborisation ou la promenade éclaire son panvitalisme. Dans mes recherches, j’adopte une perspective écocentrique : l’homme est un “existant” qui noue des relations avec les autres “existants” (animaux, plantes, esprits…) qui l’entourent. Je rejoins là Lévi-Strauss et celui qu’il appelle son “frère” dans Tristes Tropiques, Rousseau. »