Notre livre de 2025 : “L’Opportunité de vivre”, d’André Comte-Sponville

Une recension de Martin Legros, publié le

Ce n’est pas tous les jours qu’un philosophe aussi prolifique et admiré déclare prendre sa retraite. Professeur à la Sorbonne, André-Comte Sponville avait déjà quitté l’Université, à moins de 50 ans, après le succès de son Petite Traité des grandes vertus (1995), pour vivre de sa plume et de ses conférences. Il revient dans ses ultimes études à la fois sur son éthique et sa métaphysique, celle d’un gai désespoir, sceptique et matérialiste, ainsi que sur ses lectures des philosophes – Sénèque, Épicure, Montaigne, Spinoza, Althusser, Conche. « Parce que la proximité de la mort pousse à profiter de la vie plus qu’à travailler ou à s’occuper de sa propre pensée plutôt que de celle de ses devanciers » – cela présage à l’avenir des textes plus personnels. Ceux-ci le sont déjà, même s’ils restent dans la pudeur d’une conversation lumineuse avec les auteurs. Comme celle sur le suicide (et de l’euthanasie) qui ouvre l’ensemble. Est opportun, apprenons-nous, le vent le plus propice qui pousse « vers le port » (« ob portum »). L’opportunité de vive, indissociable de celle de mourir, même si la première fonde la seconde, conduit à « accepter ce qu’il y a en nous de mobilité, de variété, de souplesse, d’impermanence, donc aussi d’inconstance et de fragilité ». On attend avec impatience le traité « plus personnel » consacré à cette sagesse de la mobilité…

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