“Peter Pan et Wendy”, de James R. Barrie : un bain de jouvence

Une recension de Arthur Dreyfus, publié le

« Tout le monde a vu enfant Peter Pan. Mais qui sait qu’il y a eu, avant le dessin animé de 1953, un roman signé d’un auteur écossais né en 1860 ? Peu de monde et c’est normal, car la “magie Disney” éclipse souvent ce qui l’inspire », note Nathalie Azoulai dans la merveilleuse préface à sa nouvelle traduction de Peter and Wendy, qui remet en lumière ce texte matriciel paru en 1911. C’est l’âge d’or de Freud, dont la pensée semble irradier chaque page de ce livre plus sombre qu’on le croyait, à la force narrative intacte. Plutôt que pervers polymorphes, les enfants sont ici « gais, innocents et cruels ». L’inconscient s’appelle Grand-Jamais. La mort se déguise en crocodile au tic-tac obsédant ; devenu la figure même du temps. Dans cet ailleurs au climat diffus de délicate amoralité, les fées sont parfois, elles aussi, des monstres : « Étant si petites, elles n’ont malheureusement la place que pour un sentiment à la fois. » La scène où Hook dialogue avec sa propre voix, contrefaite par Peter, est digne de Hamlet.

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