“que ta bouche me couvre de baisers” : le poème d’amour d’Antoine Vigne

Une recension de Arthur Dreyfus, publié le

Le plasticien Martin Barré estimait que « chaque génération de peintre doit réinventer la mort de la peinture ». La littérature obéit à la même exigence. Les livres vivants convoquent depuis toujours la même énigme : qu’est-ce qu’écrire ? Le lumineux roman-poème que signe Antoine Vigne en cette rentrée en propose une réponse à la fois sensible et évidente. que ta bouche me couvre de baisers (sans majuscules) se déploie en effet tel un torrent de mots, offrant le sentiment inouï de pénétrer dans un esprit en mouvement. Il y est question de Saïd, un Syrien, marié, père de deux enfants dont le narrateur, Damien, tombe violemment amoureux. Mais un autre père traverse ces pages : le sien. Avant l’entrée de Joris en Ehpad, il faut trier les affaires d’une existence. De ce double bouleversement naît un récit où les strates du passé se soulèvent dans une langue d’une sensualité remarquable.

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