Octobre 2026
Philosophie Magazine #203
Le philosophe Pascal Chabot n’est pas parti à la recherche du sens de la vie. Son enquête porte sur « un » sens à la vie. Celui-ci n’est en effet jamais unique, fiché dans le ciel des idées. Non, le sens est dynamique. Le mot lui-même se distingue par sa polysémie. Il dessine un triangle dont les sommets indiquent : la sensation, par laquelle on appréhende le monde tel qu’il apparaît (phénoménologiquement) ; la signification, qu’il faut toujours décrypter (grâce à l’herméneutique) ; une orientation, soit le but vers lequel l’existence est tendue (ou téléologie). « C’est cela, “faire sens”, écrit l’auteur : circuler entre ces trois pôles. » Pascal Chabot le fait avec fluidité, sans jamais s’appesantir bien qu’il remonte à la racine, en s’interrogeant sur la nature même de cette quête, sur ce mouvement « énergétique » qui caractérise la vie. « Si, comme Bergson l’avait vu, l’élan vital traverse la nature entière, c’est le désir de sens, cette pulsion protéiforme, qui oriente l’existence humaine. Exister, c’est désirer du sens. » Or ce désir est à la fois excité et déçu par notre environnement numérique qui démultiplie les sollicitations, offrant une infinité de directions tout en nous coupant des sensations et en refermant le champ des significations. À ce nouveau mal du siècle, ce spécialiste du burn-out donne un nom : la « digitose », soit une pathologie du sens « typique du monde digital, où se jouent des clashs entre sens unique et sens ouvert ». Comment se soigner ? En ramenant de l’« élasticité » dans ce qui paraît figé. Il convient pour cela de s’intéresser aux côtés du triangle formé par la triple acception du mot sens et de raviver la tension dynamique entre ce qui est pensé et senti (la « passion-raison ») ; entre l’orientation que prend notre vie et le vécu que nous en avons (ressenti à travers la « qualité » de l’œuvre que nous réalisons) ; entre notre direction personnelle et son inscription dans un collectif (l’« universel-singulier »). Le philosophe synthétise sa pensée foisonnante dans un amusant croquis où, espiègle, il prend finalement une option sur la vie. Contre les penseurs affirmant que nous serions des « êtres-pour-la-mort », mort qui pour lui n’est rien, contre les « ordres du sens unique », il se présente en vitaliste, préférant « l’aventure et le sens ouvert ». Sa prescription ? « Aimer et admirer » !
Non, le nouvel essai de Pascal Chabot n'ambitionne pas de donner LA solution à la recherche du sens de la vie ! Plutôt que le sens unique, le philosophe…
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