2006-2026 : une histoire philosophique des vingt dernières années

2020 : le mouvement Black Lives Matter et le racisme systémique

Temps de lecture : 3 min

2020 : le mouvement Black Lives Matter et le racisme systémique

©Philo éditions

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Cet article est issu du numéro 200 de Philosophie magazine « On change d'ère ? “Philosophie magazine” a 20 ans ! », en kiosque le 04 juin 2026. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

L’événement

25 mai 2020. À Minneapolis, George Floyd, un homme noir de 46 ans, meurt lors de son interpellation par la police, après qu’un agent, Derek Chauvin, a maintenu son genou sur son cou pendant de longues minutes. La scène, filmée par des passants, est diffusée massivement sur les réseaux sociaux. Sa mort déclenche une vague de manifestations aux États-Unis et dans le monde, relance le mouvement Black Lives Matter et ouvre un débat mondial sur le racisme systémique, les violences policières et la mémoire des discriminations. En 2021, Derek Chauvin est reconnu coupable de meurtre.


Making-of 

Le débat entre les philosophes Norman Ajari et Marylin Maeso a été le point de départ d’un échange extrêmement approfondi et a donné lieu à la parution d’un livre dialogué chez Philosophie magazine Éditeur.


Extrait du n° 138 

Pour ou contre l’essentialisme ? Norman Ajari débat avec Marylin Maeso 

« Norman Ajari : Je n’ai pas l’habitude de mettre en avant mon vécu, mais voici une anecdote révélatrice. Lors d’un colloque sur l’histoire de l’esclavage, j’étais intervenu à côté d’un professeur qu’on ne pouvait soupçonner d’avoir des préjugés racistes. À la fin de mon intervention, il s’est exclamé : “Dites donc, vous êtes immense ! Je comprends pourquoi c’est vous que les esclavagistes ont choisi.” Que faisait mon interlocuteur ? Il convoquait la scène du marché aux esclaves et s’identifiait à la position de l’esclavagiste : “Vous êtes un type costaud, vos ancêtres devaient faire de bons esclaves, et, encore aujourd’hui, on aurait envie de vous avoir comme esclave… plutôt que pour collègue.” Ce type de situation n’est pas rare dans l’expérience des Noirs. Car la présence du Noir suscite des questions : qui est-il ? d’où vient-il ? est-il dangereux ? Toute personne noire est descendante d’esclaves ou de colonisés, de personnes dont l’humanité a été contestée. Même actuellement, le Noir se trouve régulièrement dans ce type de situations Je défends l’idée d’un “essentialisme historique” de la condition noire. Le Noir que je suis dans les yeux de l’autre, je ne peux pas ne pas l’être. Comme l’a écrit Arendt, lorsqu’on est attaqué en tant que Juif, il faut répondre en tant que Juif, et non en tant qu’homme abstrait ou citoyen du monde. Lorsque je suis attaqué en tant que Noir, il m’appartient d’embrasser ma négritude. Désormais, l’essentialisme est considéré comme une faute, intellectuelle et morale, alors que, de Platon à Sartre, la notion d’“essence” revêt une dignité philosophique ancienne. Vous connaissez la formule sartrienne : “L’existence précède l’essence.” Cela ne signifie pas que l’essence ne compte pas mais que mon engagement dans le monde me traverse et me constitue. Les essences ne sont pas éternelles, elles ont une histoire. L’essence noire, c’est l’idée d’un héritage historique qu’il est préférable d’embrasser consciemment plutôt que de le subir. »

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