Hors-série « L'amitié »
Achille et Patrocle : une affection puissante
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Cet article est issu du Hors-série n°N° 50 de Philosophie magazine « L’amitié. Ce que nous avons de meilleur ? », en kiosque le 29 juillet 2021. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Récit – La colère d’Achille n’a d’égale que l’affection qu’il porte à son ami Patrocle. L’intensité de cette amitié, qui évoque le sentiment amoureux, a fait couler beaucoup d’encre au fil des siècles. Ce qu’elle a de subversif n’est pas à chercher du côté du désir physique, mais bien de l’amitié elle-même, analyse Michel Foucault.
De toutes les amitiés antiques, et sans doute au-delà, celle entre Achille et Patrocle, évoquée dans l’Iliade, reste certainement la plus marquante. Elle constituera, par son intensité, le modèle de l’amitié virile pendant des siècles. Sa conclusion – la mort de Patrocle au combat, et la vengeance déchaînée d’Achille qui traîne la dépouille d’Hector devant les murs de Troie – hante les esprits. « Les héros pleurent avec force à peu près de la façon qu’ils ont de combattre, avec la même puissance. L’Iliade montre la force du guerrier, son ardeur au combat, sa prestance, sa puissance, qu’on retrouve dans la façon de pleurer », souligne l’helléniste Hélène Monsacré. Les larmes ne sont pas une faiblesse, mais le signe d’une force. La furie d’Achille est, pourtant, profondément ambivalente. Une forme de folie, de démesure, d’excès fait soudain effraction et brise toutes les normes de la décence, jusqu’à celle de l’institution de l’hospitalité qui exige le respect de l’autre en dépit de son étrangeté, jusqu’à la philia qui, en son sens originel, « loge l’ennemi au cœur de l’ami – et réciproquement », comme le dira Derrida.