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Achille Mbembe : “Le racisme anti-nègre fonctionne de la même manière qu’un virus”

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© Kerem Yucel/AFP

Une personne tient un portrait de George Floyd lors d'une veillée sur les lieux d'une installation dédiée à sa mémoire et intitulée “Say their names”, à Minneapolis, le 7 juin. © Kerem Yucel/AFP

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Le racisme ne prend pas toujours les allures évidentes de l’insulte ou de la ségrégation, mais se cache parfois derrière des remarques qui paraissent anodines. Récemment accusé d’antisémitisme en Allemagne après qu’il a évoqué des similarités entre la colonisation israélienne et l’apartheid en Afrique du Sud dans son livre de 2011 “Politique de l’inimitié”, le philosophe Achille Mbembe ne mâche pas ses mots face aux récents événements aux États-Unis, et ailleurs.

« Lorsque l’on vient d’Afrique et que l’on voyage ou vit à l’étranger, on s’attend toujours, à un moment ou à un autre, à ne pas être traité comme tous les autres êtres humains et à être l’objet d’attitudes vexatoires et discriminatoires. Personnellement, je n’ai pas le souvenir d’avoir été la cible consciente de vulgaires actes d’agression raciste, ou d’avoir été maltraité ou humilié à cause de la couleur de ma peau. Mais c’est peut-être parce que j’évolue dans des milieux sinon protégés, du moins où il n’est pas de bon ton de manifester grossièrement sa haine de l’Africain.  

J’ai grandi au Cameroun. Là-bas, la question raciale ne se posait pas vraiment. Contrairement à la génération de mes parents, qui a connu la colonisation, la mienne a été éduquée en sachant qui elle était, d’où elle venait, et il n’y avait aucun doute à ce sujet.  Nous n’avions pas, à l’instar des descendants africains établis en Europe ou aux États-Unis, à rendre constamment des comptes à Autrui. La seule explication qui vaille, c’est à nous-mêmes que nous la devions et à nous seuls.

Début avril-mai cependant, j’ai fait l’objet d’accusations d’antisémitisme en Allemagne de la part d’un politicien et d’un haut fonctionnaire qui ne comprennent visiblement rien au travail que je fais, lequel est de bout en bout un plaidoyer pour la réparation, pour le partage et la solidarité entre toutes les mémoires de la souffrance humaine. Ces attaques ont éveillé un soupçon en moi. Pourquoi s’en prenaient-ils à moi ? N’étaient-ils pas en train de détourner cyniquement la nécessaire et urgente lutte contre l’antisémitisme à des fins purement racistes ? 

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