Regard
Hourya Bentouhami : “On ôte aux Noirs le droit de circuler, de dormir, de respirer, d’exister au fond. Et on les tue pour cela”
À West Hollywood (Californie, États-Unis), le 3 juin, des manifestants du mouvement Black Lives Matter et des communuautés LGBTQ se couchent dans la rue les mains dans le dos afin de protester contre le meurtre de George Floyd par la police. © Richard Vogel/AP/Sipa
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Pour la philosophe Hourya Bentouhami, c’est dans les actes quotidiens les plus banals que se manifeste le racisme. De la manière la plus violente, comme en témoigne la mort de George Floyd ou d’Adama Traoré. Ou, plus insidieusement, comme les regards islamophobes qu’a pu subir cette chercheuse d’origine marocaine.
« Personnellement, j’ai rarement subi des actes ou des paroles ouvertement racistes. Sans doute parce que je suis une femme, alors que mes frères ou mon père ont été régulièrement soumis à des contrôles au faciès. En revanche, étant d’origine marocaine, j’ai été confrontée à quelque chose de plus diffus, de plus difficile à démasquer, et pourtant de profondément raciste.
“Quand on m’associe aux ‘bons musulmans’ car je ne porte pas le voile, c’est tout de même un regard raciste qui est posé sur moi”
Hourya Bentouhami
Comme je suis musulmane, on attend toujours de moi que je me justifie par rapport à l’islam, que j’affirme la compatibilité de ma religion avec la République et la laïcité – alors que pour moi c’est une évidence ! On me demande de façon insistante de me détacher de manière explicite de toute forme dite ostentatoire de l’islam (comme faire le ramadan). Et quand on m’associe aux “bons musulmans” car je ne porte pas le voile, c’est tout de même un regard raciste qui est posé sur moi.
Le racisme consiste à diviser les personnes d’une même population et à les placer sur une échelle hiérarchique de dignité. Cette islamophobie ordinaire, jamais interrogée, est presque devenue un ciment social, une manière de se reconnaître dans la citoyenneté française et républicaine. Or on ne demande pas systématiquement aux chrétiens de se démarquer des suprémacistes blancs !