International / Guerre
Alep, ou le piège du fait accompli
Reportage de “Voice of America News” à Alep en Syrie, en 2012 (cc) Wikimedia Commons / Scott Bobb
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Cet article est issu du numéro 104 de Philosophie magazine « La démocratie. Ça devrait être quoi ? », en kiosque le 27 octobre 2016. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
En bombardant la ville rebelle, les forces syriennes et russes tentent de rendre leur avancée irrémédiable avant l’élection du prochain président américain. Mais peut-on transformer le présent en passé ?
Les aviations syrienne et russe bombardent la partie orientale d’Alep, défendue par les rebelles anti-Assad. Elles visent des hôpitaux, des réserves d’eau et de nourriture. Au prix de centaines de morts, au mépris du droit international et de la protection des civils, l’objectif est de pousser une population de plus de 200 000 habitants à fuir, afin de pouvoir lancer les troupes au sol et de conquérir la ville. Cette « victoire » renforcerait la position de Bachar el-Assad et manifesterait aux yeux du monde le retour de la « puissance russe ». L’objectif du Kremlin est de montrer que la Russie domine le jeu international. Vladimir Poutine profite du relatif retrait américain qui a marqué les mandats d’Obama. Or donner le coup de grâce aux rebelles syriens aujourd’hui est une tactique a priori imparable. Les États-Unis, en pleine élection présidentielle, vont vivre une période de quasi-vacance du pouvoir, puisque le nouveau président ne prendra ses fonctions qu’en janvier 2017. Poutine souhaite placer le prochain président devant le fait accompli, une situation qu’il ne pourra pas remettre en cause et avec laquelle il lui faudra composer : une Syrie sous contrôle des forces syriennes… et donc des Russes, qui auront réussi, après la Géorgie en 2008 et l’Ukraine depuis 2014, à « congeler » à leur profit plusieurs territoire en dehors de leurs frontières. Il faut noter que l’armée russe reprend la méthode employée en 1999-2000 en Tchétchénie : bombarder massivement une ville, au risque de massacrer les civils pour ensuite s’en emparer et la reconstruire.