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Alzheimer : peut-on mentir aux malades pour leur bien ?

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Alzheimer : peut-on mentir aux malades pour leur bien ?

© Curated Life/Unsplash

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Face à certaines personnes qui perdent la mémoire, l’entourage peut être tenté de s’accommoder avec la réalité, pour leur donner l’impression qu’elle est plus agréable. Mais le mensonge peut-il être un soin ? Comment bien agir sans trahir l’être aimé ? Sujet difficile, que déplie sensiblement Audrey Jougla.


 

Mentir pour la bonne cause, pour épargner un chagrin inutile à son interlocuteur, ou lui rendre la réalité plus supportable : l’argument est bien connu. De là à transfigurer le réel, modifier sa perception ou en inventer des bribes, il n’y a qu’un pas… qu’il peut être tentant de franchir dès lors que l’on s’adresse notamment à des personnes à la mémoire défaillante.

Les personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer et de pathologies apparentées, telles la démence fronto-temporale, nous placent face à un dilemme éthique très particulier, entre devoir de vérité, identité et déontologie médicale. Peut-on leur mentir pour leur bien ?

Davantage de joie que de dommages

La perte de mémoire pourrait être l’occasion de s’accommoder un peu avec la réalité, afin de la rendre plus agréable. C’est ce que donnent à voir certaines vidéos virales, où des proches font croire à des patients atteints de la maladie d’Alzheimer que leur conjoint n’est pas mort, que leur fille viendra les voir... que tout est plus beau, en somme. Une manière d’évincer un décès, de gommer des aspérités du vécu, ou de ne pas devoir, encore et encore, rétablir qu’un être cher a disparu ou qu’un autre habite trop loin pour se déplacer. De quoi éviter une tristesse d’autant plus inutile que, selon les patients bien sûr, l’oubli recouvrira bientôt toutes ces annonces. Et dans un quotidien morne et hospitalier, n’est-ce pas précisément l’occasion d’un peu de joie ?

“Un mensonge pour faire du bien à un proche, c’est tentant. Mais la question est plus délicate qu’elle en a l’air”

 

Contrairement au mensonge adressé à une personne en pleine possession de ses facultés, celui que l’on construit, ou que l’on improvise, pour une personne désorientée ou souffrant de la maladie d’Alzheimer, peut sembler salutaire. Dans la logique de l’éthique conséquentialiste (qui mesure en philosophie les conséquences morales des actes plutôt que les intentions), on comprend qu’ici les dommages du mensonge seraient minimes, puisqu’ils seraient au mieux heureux, au pire eux aussi condamnés à l’oubli. C’est ignorer la difficulté d’un tel pari.

Disparition de la frontière entre réel et fiction

Permettre à sa grand-mère de croire que son conjoint défunt pense à elle et viendra bientôt lui rendre visite, n’est-ce pas tentant et revigorant ? Ces illusions réparent, forcément, ce qui est survenu, et proposent une autre version du passé. C’est alors placer dans une posture démiurgique celui ou celle qui invente cet autre possible, car il est aujourd’hui appuyé dans sa démarche par des outils technologiques qui n’existaient pas il y a quelques années.

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