La petite question

"Amnésie infantile" : pourquoi n’avons-nous aucun souvenir avant l'âge de 2-3 ans ?

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"Amnésie infantile" : pourquoi n’avons-nous aucun souvenir avant l'âge de 2-3 ans ?

© Mohamed Nohassi/Unsplash

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Les papillons conservent certains souvenirs acquis à l’état de chenille. Cette découverte relance une question vertigineuse : pourquoi, nous humains, n’avons aucun souvenir de notre vie dans l’utérus et même de nos premières années ? Entre neurosciences et phénoménologie, l’amnésie infantile interroge la structure même de la mémoire.


Une découverte faite par un enfant de 10 ans !

Les papillons gardent les souvenirs de leur expérience de chenille. C’est la découverte incroyable d’un garçon âgé de seulement 10 ans, Jo Nagai, qui a présenté ses recherches au Congrès international d’entomologie de 2024. Pour ce faire, le jeune Japonais a reconduit le protocole d’une expérience menée en 2008 par Martha Weiss, docteure en entomologie à l’université Georgetown (États-Unis), sur des hétérocères (papillons de nuit). 

L’expérience repose sur un conditionnement classique. Les chenilles ont été exposées à de légers chocs électriques en même temps que des odeurs de lavande. Après le stade de chrysalide, plus de 70 % des papillons adultes soumis à ce conditionnement évitent les odeurs de lavande. Cette expérience a mené à une autre découverte majeure : le souvenir acquis par conditionnement est légué aux générations suivantes de papillons, qui évitent aussi l’odeur de lavande dans une proportion quasiment similaire, alors qu’ils n’ont jamais été entraînés à le faire ! 

Cette découverte scientifique touche à un problème philosophique fondamental : la permanence de l’identité d’un être. Car chez les insectes à métamorphose complète, tels que les papillons ou les coléoptères, les tissus larvaires sont presque entièrement dissous, au point que les scientifiques parlent de « soupe » cellulaire avant l’accession à l’état biologique adulte. Reste que, selon, l’expérience du jeune Japonais, les traces mnésiques survivent à cette recomposition anatomique radicale. Alors, comment est-ce possible ?

L’étrangeté de l’amnésie infantile

Si les papillons ont des souvenirs de leur existence de chenille, comment se fait-il que nous humains n’ayons pas de souvenirs de notre vie de fœtus ou de nos toutes premières années ? C’est question que nous sommes en droit de nous poser, a fortiori dans la mesure où le processus biologique de croissance humaine ne passe pas par une phase aussi disruptive que celle de la chrysalide. S’il est probable que – à l’instar des papillons – certains de nos goûts et de nos dégoûts proviennent de nos expériences advenues au sortir du berceau, peu nombreuses sont en effet les personnes capables de raconter un souvenir de leur petite enfance, en deçà de 2 ou 3 ans.

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