Économie

Anne-Laure Delatte : “Réduire les dépenses publiques est un contresens historique. La vraie question est de savoir comment on peut continuer à s’endetter”

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Anne-Laure Delatte : “Réduire les dépenses publiques est un contresens historique. La vraie question est de savoir comment on peut continuer à s’endetter”

Anne-Laure Delatte, en mai 2023. © Pauline Gouablin

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Pour l’économiste Anne-Laure Delatte, autrice de L’État droit dans le mur (Fayard, 2023), la soutenabilité de la dette française n’inquiète pas du tout les marchés financiers. Si la classe politique montre une préoccupation certaine pour la dette et le déficit, c’est pour d’autres raisons. Et, face à la crise écologique, prétendre qu’on va réduire les dépenses est un contresens historique.


 

Pour la Cour des comptes, la “France reste [...] l’un des pays de la zone euro dont la situation des finances publiques est la plus dégradée”. Est-ce si grave ?

Anne-Laure Delatte : C’est une question de perspective ! Du point de vue des institutions européennes, il est vrai que la situation française est dégradée : non seulement nous ne respectons pas les règles communes sur la dette publique – la nôtre pèse plus de 110% du PIB au lieu de 60% – et le déficit – plus de 5% du PIB au lieu de 3% –, mais surtout, le rythme de réduction de la dette de la France est trop lent. La réduction de notre déficit n’est pas jugée réaliste. Nous sommes avec la Belgique les plus mauvais élèves de la zone euro. C’est cela qui préoccupe la Cour des comptes. Pour autant, si l’on prend le point de vue des marchés financiers, la situation est toujours très confortable : la dette publique française reste très demandée par les investisseurs. À chaque fois que l’Agence France Trésor procède à une adjudication de titres de dette, il y a environ deux fois plus de demande que de bons émis. Quand les acteurs des marchés financiers, en Europe ou aux États-Unis, ont besoin de liquidités pour des opérations à court terme, ils empruntent en donnant des garanties qui sont, dans 90% des cas, des titres de dette d’État ; et quand c’est en Europe, le plus souvent, il s’agit de titres français ou allemands. Autrement dit, nous n’avons aucun problème de soutenabilité sur notre dette publique, contrairement à ce que peuvent faire penser les discours ultra alarmistes nous comparant à la Grèce !

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