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“Anthropocène lunaire” : la Lune va-t-elle devenir une décharge ?

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“Anthropocène lunaire” : la Lune va-t-elle devenir une décharge ?

La première photo prise par l’astronaute américain Neil Armstrong lors de la sortie extra-véhiculaire de la mission Apollo 11 montre un sac de déchets sous l’étage de descente du module Eagle. Photo prise sur la Lune en 1969. © Nasa

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227 tonnes : c’est le poids des déchets laissés par l’être humain à la surface de la Lune (!) Vivons-nous les prémices d’un Anthropocène lunaire ? Éclairage.


 

Drapeaux, excréments, véhicules, modules écrasés... Ce sont pas moins de 227 tonnes de déchets humains en tout genre qui jonchent déjà la Lune, selon les dernières estimations de la Nasa. Le petit satellite de la Terre n’a pourtant accueilli à sa surface que douze astronautes, tous américains, pour de courtes périodes entre 1969 et 1972. D’autres voyages sont cependant prévus prochainement, y compris des projets de bases lunaires semi-permanentes. Si toute vie génère des déchets, la survie sur la Lune exige un équipement considérable (pour le voyage, pour le maintien d’un environnement viable, etc.) qui redouble les détritus laissés derrière eux par les organismes de passage. 

Poubelle lunaire

Faut-il craindre que la Lune devienne une poubelle ? C’est en tout cas ce que redoutent la philosophe Christine Daigle, la spécialiste de la communication Jennifer Ellen Good et la biologiste Liette Vasseur dans un article récent, « Why now is the time to address humanity’s impact on the moon » (« Pourquoi il est urgent de parler de l’impact humain sur la Lune »). Si les traces de l’activité humaine se limitent pour l’instant à la surface de l’astre rocheux, les trois autrices pointent du doigt les projets d’extraction minière, qui pourraient à la fois modifier le sous-sol lunaire et générer des quantités considérables de déchets. Elles reprennent à leur compte la notion d’« Anthropocène lunaire » mise en évidence dans un autre article, fin décembre. « Depuis le premier contact de l’homme avec la surface de la Lune, nous avons constaté un impact anthropique. Cet impact est susceptible d’augmenter considérablement. »

Les déchets ne sont pas la seule facette de ce nouveau visage de l’Anthropocène, mais ils en constituent une dimension essentielle. Comme sur Terre, d’ailleurs – le chercheur Baptiste Monsaingeon dans Homo detritus (Éditions du Seuil, 2017) le dit clairement : « l’Anthropocène est un Poubellocène […] Homo sapiens s’est érigé en force géologique. Qu’ils soient solides, liquides ou gazeux, concentrés ou diffus, ces déchets laissent leurs traces dans l’eau, dans les sols ou dans les bulles d’air que l’on retrouve dans les carottes glaciaires, ils sont devenus des signes indiscutables, des preuves tangibles de l’influence des activités humaines sur la composition de la couche supérieure de la planète. […] Ce sont bien ces détritus, ces accumulations de restes des activités humaines qui viennent aujourd’hui constituer la preuve de ce changement d’époque. » L’Anthropocène, ici-bas comme au-dessus de nos têtes, est une affaire de traces durables laissées par notre activité sur les milieux.

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