Chroniques du futur
Après l’été caniculaire, comment faire le deuil d'une nature qui n'est plus ?
Près de Châtillon-sur-Seine (21) dans la Côte-d’Or, en Bourgogne, le 10 juillet 2026. Le lit du cours d’eau l’Ours est complètement à sec. © Konrad K./Sipa
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Nous sommes dans un processus de « deuil collectif », a affirmé Jean-Marc Jancovici à propos de l’été destructeur que nous venons de traverser. Comment accepter la disparition du monde que nous avons connu ? Et peut-on transformer le chagrin lucide en puissance d’agir ? Les leçons sensibles d’Aldo Leopold et de David Abram.
Cet été dans les Cévennes, je n’entendais plus le chant des oiseaux ni le bourdonnement des insectes. Certes, c’était la fin de la saison des amours. Mais le silence bizarre des forêts associé à l’assèchement des cours d’eaux, à leur infestation par une cyanobactérie et à la crainte des incendies, qui ont dévasté les massifs pendant tout l’été, donnait à l’atmosphère une dimension sinistre. Un trouble, un vide, une absence plus ou moins confuse se faisait sentir. Cette expérience de la disparition des êtres, des végétaux et même des minéraux dont nous sommes hélas coutumiers depuis des dizaines d’années mais qui a culminé en 2026, l’ingénieur et fondateur du groupe de réflexion The Shift Project Jean-Marc Jancovici lui a donné un nom déjà tristement connu, mais plus généralement employé pour les êtres humains : le deuil.
« On est en train d’observer autour de nous un monde qui s’en va, qui disparaît, dont on avait l’habitude et qui nous était cher », a-t-il affirmé au micro de France Info. En l’occurrence, l’ingénieur ne parle pas seulement de la disparition de certaines espèces naturelles mais de la fin d’un rapport à l’existence. « On quitte un monde facile pour entrer dans un monde difficile », résume-t-il. Et ce terrible constat que l’on nous répète pourtant depuis des années est encore aujourd’hui très difficile à entendre.
La psychiatre Elisabeth Kübler-Ross, pionnière des soins palliatifs, a établi que tout deuil – y compris quand il concerne notre propre mort – se fait en cinq étapes : d’abord le déni, puis la colère, le marchandage (on cherche à supplier Dieu, les infirmiers ou n’importe qui de nous laisser en vie en échange de notre bonne conduite), suivi de la dépression et enfin de l’acceptation qui ouvre vers une forme de sérénité. Et concernant l’environnement, où en sommes-nous ? Quelque part « entre le déni et la colère », répond l’ingénieur, de plus en plus désabusé par la lenteur de la prise de conscience collective.