Expo
Au musée de l’Orangerie, le jardin merveilleux du douanier Rousseau
Henri Rousseau (1844-1910) Le Lion, ayant faim, se jette sur l'antilope, 1898-1905 Huile sur toile, 200 x 301 cm Riehen/Basel, Fondation Beyeler, Beyeler Collection
“Rien à déclarer ?” Rien si ce n'est la fascination pour les peintures naïves (au sens noble du terme) du douanier Rousseau à qui le musée de l’Orangerie consacre une exposition que vous présente Ariane Nicolas.
« “Au clair de la lune, dans la forêt endormie, des ombres félines se dessinent par magie…” Vous avez peut-être découvert, comme moi, le douanier Rousseau grâce à la chanson de la Compagnie Créole, dans les années 1980. Il y a tout autant de quoi “s’embéguiner” pour sa rétrospective au musée de l’Orangerie !
On y admire les soleils de feu cachés dans les roseaux, les p’tits singes amoureux qui jouent les Roméo et, grâce notamment aux prêts issus de la Fondation Barnes, des pans moins connus de son œuvre, comme des scènes historiques situées en 1871 ou des portraits d’amis endimanchés.
Dans la jungle, dans les villes
Nature d’un côté, vie urbaine de l’autre : bien qu’il soit avant tout connu pour ses décors de jungle aux feuillages naïfs, Henri Rousseau s’est toujours intéressé aux deux univers, prenant soin d’y glisser un mammifère quelconque (humain, tigre, ours, cheval, chien, biche…), comme posé là par hasard. Les classiques sont présents : La Charmeuse de serpents, La Guerre ou encore Le lion, ayant faim, se jette sur l’antilope (photo).
Mais d’autres toiles – comme son Autoportrait en début de parcours, L’Enfant à la marionnette (Pour fêter le bébé !) ou le plus abstrait Paysage et quatre pêcheurs à la ligne – permettent de mieux cerner l’essence de l’art dit “naïf”. La naïveté de Rousseau ramène à l’enfance : les proportions non respectées miment les dessins des bambins ; les décors aplatis empilent les niveaux comme dans les théâtres miniatures ; les costumes évoquent carnaval ; les animaux attendrissent, même quand ils sont dangereux.
Naïveté et sentimentalité
Dans son livre De la poésie naïve et sentimentale (1795), Friedrich Schiller établit une distinction qui prolonge ce constat. Il oppose la naïveté à la sentimentalité. L’artiste naïf traduit, selon lui, la croyance dans une harmonie première entre la nature et l’art. La spontanéité de l’artiste naïf le convainc qu’il dit la vérité des choses, sans chercher un éventuel sens caché.
Le sentimental, lui, est plus réflexif, nostalgique de cet état originel fantasmé : “Il réfléchit sur l’impression que produisent sur lui les objets”, comme s’il y avait un écart entre les choses et notre manière de les percevoir – un paradis perdu. L’art naïf peint ainsi un monde dénué d’inquiétude. Et nous, spectateurs adultes, de nous émouvoir grâce à cette littéralité enfantine, que seul un artiste sait restituer. »
Henri Rousseau, l’ambition de la peinture, exposition à voir au musée de l’Orangerie (jardin des Tuileries, Paris Ier), jusqu’au 20 juillet. Infos pratiques
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