Reportage
Au sein de la commission d’enquête sur TikTok : l’impuissance coupable des plateformes
Assemblée nationale, à Paris, le 10 juin 2025. Laure Miller, députée Ensemble pour la République et rapporteuse avec Arthur Delaporte, député Socialistes et apparentés, président de la commission d’enquête sur les effets psychologiques de TikTok sur les mineurs. © Éric Tschaen/REA - © Mariia Shalabaieva/Unsplash - photomontage PM
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Interrogés à l’Assemblée nationale, les représentants de X, YouTube et Meta ont semblé impuissants face aux débordements de violence qui ont lieu sur leurs plateformes. Mais peut-on être impuissant quand on possède un si grand pouvoir ? Récit – et décryptage – d’un dangereux paradoxe.
Entre Frankenstein et Prométhée
« Pardonnez mon ignorance, mais c’est quoi MyM ? » Qu’un citoyen lambda ne connaisse pas cette plateforme de contenu érotique et pornographique équivalent d’OnlyFans (acronyme de « Me You More ») – cela n’a a priori rien d’étonnant. Mais qu’Anton’Maria Battesti, directeur des affaires publiques de la multinationale Meta (le groupe de Mark Zuckerberg, propriétaire de Facebook, Instagram et WhatsApp), avoue cette méconnaissance… C’est déjà plus déconcertant, notamment dans la mesure où certains usagers d’Instagram utilisent ce réseau social pour promouvoir leur contenu MyM. Ce mardi 17 juin, lors de l’enquête parlementaire réunissant les représentants de YouTube, Meta et X (ex-Twitter), les révélations étonnantes de ce type fusent. Elles prennent souvent la forme d’un aveu d’ignorance.
Vidéo pornographiques, contenus faisant l’apologie de la maigreur ou de la scarification, propos sexistes, appel à la haine… Les députés ne ménagent pas leurs efforts pour présenter dans les détails la diversité et l’ampleur des dérives sur les réseaux sociaux concernés par l’enquête. À ces accusations, les représentants de X et de Meta répondent en demandant à voir la vidéo violente concernée avec un air étonné, voire outré. On dirait presque qu’ils découvrent en 2025 ce qu’il se passe sur leurs propres plateformes. À cet aveu d’ignorance s’ajoute celui d’impuissance. « Ce n’est pas parce que vous trouvez un contenu qu’on l’autorise », affirme Claire Dilé, directrice des affaires publiques de X, à propos de certaines vidéos pornographiques qui pullulent depuis quelque temps sur la plateforme. Autrement dit : nous ne parvenons pas à faire suivre nos propres règles.