Enquête

“Aujourd’hui, c’est gênant d’avoir un petit copain” : le couple est-il devenu ringard ?

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“Aujourd’hui, c’est gênant d’avoir un petit copain” : le couple est-il devenu ringard ?

© Martin Parr/Magnum Photos

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Ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants… Un scénario daté selon les derniers sondages et études. Comment expliquer que l’existence en solo semble supplanter la vie à deux ? Généalogie d’un phénomène remettant en cause une institution aussi vieille que les contes de fées.

 

Les filles, ça vaut encore le coup de “swiper” ! » Après l’élection du nouveau maire de New York Zohran Mamdani en novembre dernier, c’est le genre de mèmes que l’on pouvait voir fleurir sur les réseaux sociaux. L’édile est en effet marié à une illustratrice, Rama Duwaji, rencontrée sur l’application Hinge. Reste que leur (apparente) idylle relève de l’anomalie. S’il faut encourager « les filles » à faire dérouler des profils, c’est bien qu’elles n’en peuvent plus et qu’elles sont sur le point de lâcher l’affaire.

Nombre d’indicateurs sont au rouge. En octobre, Vogue UK constatait, sous la plume de la journaliste Chanté Joseph, qu’il était désormais devenu « gênant d’avoir un petit copain en 2025 ». Indice irréfutable : plus personne, sous peine de ringardise infamante, ne partage de photos de brunch en amoureux, de mains tendrement enlacées sur (ou sous) la table, ou pire, de selfies à deux. Le temps des statuts Facebook scrupuleusement mis à jour est largement révolu. L’article de Chanté Joseph a été liké et partagé des dizaines de milliers de fois, à la surprise du célèbre magazine de mode. À peine quelques jours plus tard, The Economist met en une « The great relationship recession » (« La grande récession amoureuse »). Le très sérieux hebdomadaire britannique remarque, à grand renfort de statistiques maison, que non seulement le nombre de célibataires n’a jamais été aussi élevé dans les pays développés mais que ce nombre est bien parti pour ne pas cesser d’augmenter. Une tranche d’âge est particulièrement concernée : les 25-34 ans. Rien qu’aux États-Unis, en un demi-siècle, la proportion de célibataires y a doublé, pour atteindre 50 % chez les hommes et 41 % chez les femmes. Et ces dernières, dans les pas de la chanteuse Miley Cyrus, s’accommodent très bien de s’acheter « des fleurs pour elles-mêmes », d’autant plus lorsqu’elles sont très diplômées.

La France suit un mouvement similaire : au pays de la galanterie et de la séduction à la française, le nombre de célibataires va aussi croissant. Dans son Portrait social publié pour l’année 2024, l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) constate ainsi que « la part des ménages composés uniquement d’un couple, avec ou sans enfant, est passée de 60 % en 1990 à 49 % en 2021 ». En contrepartie, le nombre de ménages composés d’une seule personne ne cesse d’augmenter : ils étaient 27 % en 1990 contre 38 % aujourd’hui. 

Un “entre-deux bizarre” ?

Comment comprendre cette crise du couple ? Joint par téléphone, le philosophe Pierre Zaoui balaie malicieusement la question : « De la même façon que Lacan disait ‘‘il n’y a pas de rapport sexuel”, le couple, ça n’existe pas vraiment. » Mais encore ? « Le couple, ça n’a pas de temporalité propre, ni vraiment de consistance, poursuit-il. L’Un a de la consistance, le multiple aussi, si on prend le problème en néoplatonicien, mais le couple, c’est un entre-deux bizarre, une structure molle. Qu’il dure le temps d’un ‘‘coup d’un soir” ou qu’il s’étale sur cinquante ans de mariage, le couple n’a pas de durée déterminée. Il revient simplement au fait de se mettre ensemble, il est de l’ordre de la relation, quand l’amour peut brûler, promettre un idéal. » Pour comprendre l’idée, il faut détacher la notion de couple du mariage, de la famille et de la reproduction, autant de « finalités » qui font entrer le couple dans le registre de la « petite entreprise » ou de « l’alliance ». 

“Il y aura toujours des couples, quelle qu’en soit la manière. Ce dont on est en train de se débarrasser, ce sont de ses formes les plus toxiques”Pierre Zaoui, philosophe
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