Dossier / “Faut-il faire des compromis pour avoir la paix ?”

Avishai Margalit : “La trêve entre Israël et le Hamas est un accord mais pas un compromis”

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Avishai Margalit : “La trêve entre Israël et le Hamas est un accord mais pas un compromis”

Un homme prie alors que les Palestiniens, qui ont été déplacés vers le sud sur ordre d'Israël pendant la guerre, se dirigent vers leurs maisons dans le nord de la bande de Gaza, au milieu d'un cessez-le-feu entre Israël et le Hamas, dans la ville de Gaza, le 27 janvier 2025. © Dawoud Abu Alkas/Reuters

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Cet article est issu du numéro 187 de Philosophie magazine « Faut-il faire des compromis pour avoir la paix ? », en kiosque le 20 février 2025. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Dans le champ des relations internationales, il est rare d’obtenir une victoire sans appel. L’issue d’un conflit se noue le plus souvent par des concessions mutuelles, mais pas toujours satisfaisantes. Le philosophe israélien Avishai Margalit explique pourquoi il est si difficile d’échapper à ce qu’il a appelé un « compromis pourri ». 

 

À quelles conditions peut-on parler d’un compromis en politique ?

Avishai Margalit : Il y a compromis lorsque deux parties ont chacune renoncé à quelque chose qui leur tenait à cœur pour mettre fin au conflit qui les opposait. Mais la fin, la paix, ne justifie pas tous les moyens. Les compromis peuvent ainsi être bons comme pourris, et tout de même mener à la paix. 

 

Comment définissez-vous ces derniers ?

Les compromis pourris sont ceux qui sacrifient la dignité et l’humanité des personnes en instaurant un régime inhumain de cruauté et d’humiliation. Typiquement : les accords de Munich de 1938. La France et le Royaume-Uni laissent Hitler annexer les Sudètes en échange de la promesse qu’il s’en tiendra là. Or la nature du régime hitlérien leur fournit déjà toutes les informations nécessaires pour savoir qu’il ne s’arrêtera pas en si bon chemin et que la région annexée sera par ailleurs soumise à un régime d’humiliation et de discrimination. Un autre exemple est l’accord que signa le roi Léopold II de Belgique avec la France et les États-Unis au sujet du Congo. Entre 1880 et 1908, Léopold II met en place un régime d’humiliation particulièrement cruel sur les populations de cette colonie. Non seulement une bonne partie de la population est réduite en esclavage et brutalisée, mais entre 8 et 10 millions de personnes sont massacrées. En échange d’avantages commerciaux, la France et les États-Unis consentent à reconnaître en 1884-1885 la légitimité de ce régime inhumain par un compromis que l’on peut qualifier sans aucun doute de pourri.

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