Le réflexe socratique
Faut-il accepter de faire des compromis ?
Mémorial de la France combattante, mont Valérien, Suresnes (92), le 18 juin 2022. Emmanuel Macron et Élisabeth Borne assistent à une cérémonie marquant le 82e anniversaire de l’appel du général de Gaulle à la résistance, dit “appel du 18 juin 1940”. © Gonzalo Fuentes/Pool/AFP
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« Compromis » : en politique, le mot est sur toutes les lèvres depuis qu’Emmanuel Macron n’a pas obtenu de majorité absolue aux élections législatives de 2022. Le compromis est-il la meilleure manière de mener une politique, voire sa vie en général, ou est-il synonyme d’abandon, d’échec, voire de compromission morale ? De Platon à Ricœur, quatre philosophes nous aident à penser la notion très actuelle de compromis.
Le compromis : un enrichissement de l’âme chez Platon
Commençons par signaler que la philosophie est presque née avec l’idée que le compromis est essentiel à la vie. Dans le dialogue du Gorgias, Platon avance, à travers la bouche de Socrate, une idée qui ne nous est pas familière : « Je suis quelqu’un qui est content d’être réfuté. » Alors que le sens commun voudrait que l’on soit au moins chagriné d’être contredit, Socrate défend l’idée inverse. Accepter de ne pas l’emporter tout de suite, est-ce une forme de dénigrement de soi ? « En fait, j’estime qu’il y a plus grand avantage à être réfuté, dans la mesure où se débarrasser du pire des maux fait plus de bien que d’en délivrer autrui. » Le pire des maux étant ici l’erreur.
Ce n’est pas pour faire plaisir à autrui que l’on aime à être réfuté, mais parce qu’être réfuté permet de se rapprocher de la vérité, ce qui ne peut être qu’une chose bénéfique pour soi et pour autrui, selon Platon. Si le terme de « compromis » n’est pas explicitement utilisé par le philosophe, l’idée est d’accepter une forme d’humilité, de ne pas croire que l’on sait tout mais de partir du présupposé selon lequel « je sais que je ne sais rien », selon la célèbre formule socratique. Un dialogue sain est un dialogue où chacun fait un pas vers l’autre, dans la quête désintéressée d’un enrichissement commun. Et cela ne peut se faire qu’à condition que les deux parties acceptent de céder du terrain, lorsque cela s’avère nécessaire.