Bac philo 2026

Bac philo 2026 : les conseils des correcteurs

Temps de lecture : 8 min

Bac philo 2026 : les conseils des correcteurs

Olivier Dhilly et Pascal Sévérac. © PM

Olivier Dhilly et Pascal Sévérac corrigent depuis plus de vingt ans les copies du bac philo. Ensemble, dans ce dialogue de 2012 mais toujours d’actualité que nous republions à l’occasion du bac philo de cette année, ils détricotent les mythes qui hantent les cours de lycée, mettent en garde contre les faux pas et livrent quantité d’astuces pour mener à bien l’épreuve reine jusqu’à la dernière minute.


 

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Olivier Dhilly : L’un des premiers poncifs à évacuer est la question de l’arbitraire de la notation. Pour désamorcer ce cliché, il faut savoir, par exemple, que des copies tests sont parfois distribuées aux correcteurs à leur insu. De niveaux différents, elles concernent les divers sujets et sont noyées dans les paquets à corriger. Au bout de quelques jours, les correcteurs se mettent ensemble autour de la table et discutent de ces copies tests, qui sont dévoilées au cours d’une réunion dite d’entente.

 

Pascal Sévérac : Il existe en réalité deux réunions. La première, d’entente, se tient quelques jours après la récolte des copies ; l’autre, d’harmonisation, quelques jours avant la restitution des copies corrigées, au cours de laquelle on unifie la notation. Dans la réunion d’entente, on n’épluche pas point par point la copie test, mais on évalue la note qu’elle mérite sans qu’il y ait un corrigé type. Jamais on n’affirmera : il faut en passer par telle référence ou telle problématique ! Une fois que l’on a donné sa note, il faut la justifier. Celui qui a mis la meilleure et celui qui a mis la plus mauvaise devront indiquer ce qu’ils ont valorisé ou sanctionné. Et leurs collègues discuteront avec eux pour convenir de critères communs.

 

O. D. : On se met également d’accord sur une note minimale, dès lors qu’une copie ressemble à une copie.

 

P. S. : Une copie qui ne joue pas le jeu est une non-copie. Elle vaut moins de 5/20. Un mauvais devoir qui remplit les critères d’une copie, qui comprend introduction, conclusion et développement, aura 5 ou 6.

 

O. D. : Une copie développée, sans fautes d’orthographe, décrochera un 8 ou un 9…

 

P. S. : Et la légende qui veut qu’on ait une bonne note en écrivant uniquement sur la copie « le risque, c’est ça » est fausse !

 

O. D. : Ce mythe vient d’un film datant de la fin des années 1970, Le Pion. Le professeur y demandait : « Qu’est-ce que le risque ? » L’élève répondait : « Le risque, c’est ça. » Et obtenait 18/20 !

 

P. S. : En réalité, une réponse en une phrase fera peut-être sourire, mais l’élève aura 0 ou 1, car le correcteur évalue une problématique et une argumentation.

 

“Le plan thèse, antithèse, synthèse est absurde. Comment quelqu’un d’un peu sensé pourrait-il dire une chose et son contraire ?” Olivier Dhilly

 

O. D. : Un autre mythe à balayer est celui du lien entre les sujets et l’actualité. Ils sont élaborés trop longtemps à l’avance pour que les pronostics aient un sens. La rumeur concernant les fuites ne tient pas plus debout : même quand on est de fabrication de sujet, il est impossible de savoir lequel tombera, pour la bonne et simple raison qu’on ne sait pas pour quelle épreuve on travaille. Dernière idée à se retirer de la tête : « J’ai mis cela, j’ai été inspiré, maintenant tout dépendra de l’avis du correcteur. » Penser que l’on aura un bon résultat parce qu’on plaît à quelqu’un, c’est n’avoir pas compris l’esprit philosophique. Celui qui réussit n’est pas celui qui plaît mais qui surprend, ne va pas nécessairement dans le sens des idées communes et construit une argumentation.

 

P. S. : L’esprit philosophique, c’est comprendre le sens d’un problème et trouver les moyens de surprendre, de poser des questions déroutantes. C’est précisément si vous parvenez à livrer une pensée qui n’est pas attendue que vous intéresserez.

 

O. D. : Avec comme seconde nécessité d’argumenter. Ce n’est pas au nombre d’opinions alignées que l’on progresse. L’originalité ne suffit pas. Le correcteur attend un paragraphe argumenté exposant toutes les raisons de dire ce qu’on avance.

 

P. S. : Il est très rare d’avoir une pensée qui parvienne à développer tous les présupposés de son opinion, qui définisse les termes principaux et relève les ambiguïtés, qui soit capable d’expliquer pourquoi elle pense ce qu’elle pense. Quelques conseils pour avoir une bonne copie : primo, il faut jouer le jeu et présenter un devoir qui en ait les codes ; deuxio, connaître son cours pour limiter les dégâts et s’approcher de la moyenne ; et, enfin, traiter la spécificité du sujet. À celui qui a travaillé son cours mais ne s’est pas bien confronté au sujet, on mettra 8 ou 9/20. Celui qui n’a pas trop de contenu mais travaille vraiment le sujet aura au moins la moyenne. Et inutile, pour cela, d’apprendre une tripotée de citations.

 

O. D. : Mieux vaut se servir d’une citation comme d’un moyen mnémotechnique pour retrouver la réflexion d’un auteur. Il ne faut jamais l’utiliser de manière décorative, mais l’expliquer systématiquement, montrer la thèse qu’elle développe. Une citation est, au mieux, un tremplin pour la suite.

 

P. S. : Le correcteur se moquera d’une citation qui vient comme un couronnement, un argument d’autorité.

 

O. D. : Lors de la lecture du sujet, mieux vaut éviter de faire marcher sa mémoire et de se raccrocher immédiatement à une fiche de cours. Il est préférable de commencer par tout oublier pour être disponible et lire attentivement la question. Ensuite, une excellente copie est une copie qui parvient à rendre raison de tout ce qu’elle expose. Ce n’est pas celle qui révolutionne la pensée, mais celle qui est construite et mène une réflexion en passant par des étapes suivant un plan qui ne soit pas thèse, antithèse, synthèse… Cette organisation est absurde. Comment quelqu’un d’un peu sensé pourrait dire successivement et sincèrement une chose et son contraire ? Inutile de développer une idée fausse, en feignant de croire qu’elle est vraie, pour affirmer trois pages plus loin que c’est erroné.

 

“Même si on a peur de sa pensée, on peut revenir au sujet dont on s’est éloigné en relisant le cheminement de la copie” Pascal Sévérac

 

P. S. : On peut certes montrer des insuffisances internes pour essayer de les dépasser. On peut être un peu « caricatural » et ne pas soulever toutes les objections simultanément sans quoi on ne réussira pas à construire, mais cela ne doit pas aboutir à soutenir une position totalement intenable. Un plan formel qui irait pour tous les sujets n’irait à aucun. Car un plan, c’est un contenu, non une coquille vide. C’est pourquoi on évite les « de plus », « de surcroît », etc., totalement artificiels. L’enjeu n’est pas de juxtaposer les affirmations. Il s’agit de donner l’apparence d’un enchaînement logique des idées. Un des moyens d’y parvenir est d’être attentif à tout ce que l’on écrit ; pour cela, il est bon de se relire et de chercher ce que l’on pourrait éclaircir. C’est la raison pour laquelle les transitions doivent être logiques et articulées, expliquer ce qui est insuffisant, ou montrer comment déporter le regard vers une nouvelle idée.

 

O. D. : L’idée nouvelle ne viendra jamais de l’extérieur, mais de son propre texte. En effet, l’argumentation n’est pas une juxtaposition d’affirmations. Elle requiert un fil continu.

 

P. S. : En ce sens, dissertation et explication sont assez proches. Dans un cas comme dans l’autre, il s’agit d’exposer les raisons de penser ce que l’on pense.

 

O. D. : La difficulté particulière du commentaire de texte est la différence entre l’explication et la paraphrase. La paraphrase consiste à dire ce que dit l’auteur, l’explication consiste à dire pourquoi il le dit. Pour l’explication de texte, la méthode fait encore débat. Faut-il préférer une démarche en deux temps : explication puis discussion critique, ou une explication linéaire qui procède à la critique au cours de l’explication ?

 

P. S. : Les deux façons de faire sont acceptables : expliquer puis discuter, ou discuter en expliquant. Je conseille la seconde pour éviter de faire une explication expéditive puis un commentaire affichant ses propres opinions, en ayant mal expliqué l’auteur, voire oublié ce qu’il a dit.

 

O. D. : Dans tous les cas, le plan de l’explication épouse théoriquement le plan du texte. C’est une façon d’éviter le hors-sujet. S’agissant du hors-sujet, il est important de ne pas tout reprendre ou effacer à la fin de l’épreuve en estimant que ce que l’on a posé jusque-là est inepte. Après trois heures de concentration, on n’est plus très bon juge. Et, finalement, un hors-sujet, c’est proprement ce qui n’a pas été mis en rapport avec le sujet. Plutôt que de tout barrer, il convient de se demander « pourquoi ai-je écrit cela ? » et de rajouter un lien, le cas échéant.

 

P. S. : Un moyen de revenir au sujet est de relire le cheminement de la copie. Beaucoup d’élèves ne le font malheureusement pas, par peur de se confronter à leur propre pensée.

 

O. D. : Or une dissertation, c’est une explication de son propre texte. Donc, quand on est perdu, ne jamais hésiter à prendre une feuille de papier et à se reprendre en notant les étapes de la réflexion, oser considérer sa copie comme un texte à lire ! J’en vois, quand ils sont bloqués, repousser leur copie et regarder par la fenêtre…

 

P. S. : Comme si la solution venait d’ailleurs ! Mais la vérité est dans leur texte !

 

O. D. : Quant à ceux qui bloquent autour des questions formelles, ne savent pas comment exprimer tel argument, on remarque qu’ils ne se posent plus ce genre de questions dès lors qu’ils sont dans l’urgence. L’idéal est d’être dans l’urgence tout le temps de la rédaction et de ne pas s’embarrasser de questions qui ne sont pas essentielles. Prenons une dissertation en trois parties et sous-parties. Considérant que l’on se met à écrire au bout d’une heure et demie, il reste deux heures trente. Une demi-heure sert à rédiger l’introduction et la conclusion. Il reste donc 120 minutes pour 9 paragraphes, soit en moyenne moins de 15 minutes par paragraphe…

 

P. S. : D’où l’importance d’avoir choisi de façon certaine son sujet au bout d’un quart d’heure, et de commencer à rédiger rapidement. Mais pas à la va-vite, car l’orthographe et la syntaxe sont des critères importants. Il n’existe pas de barème selon le nombre de fautes, mais lorsqu’il y en a trop, la copie devient illisible. Des phrases incohérentes ou incompréhensibles exaspèrent, car elles font perdre le fil de la pensée. Il faut faciliter la lecture. Je dis régulièrement : « Peindre l’échafaudage en rouge ! », pour expliquer qu’il est important de souligner les étapes du raisonnement.

 

O. D. : Je recommande même, quand on a une idée à exposer, de la répéter trois fois : on l’annonce, on la dit et on synthétise. L’un des moyens de ne pas perdre le fil est de récapituler sa pensée : « Qu’ai-je dit jusqu’alors ? » Cela permet finalement de conclure facilement.

 

P. S. : Cette dernière étape n’est pas à négliger, même si l’introduction est bien plus importante. C’est un point final. Mais, déjà, avec une bonne introduction qui pose d’emblée le problème, un grand pas est fait.

 

O. D. : Mon conseil pour rédiger une conclusion dans l’urgence : relire l’introduction et répondre simplement à la question posée en ouverture.

 

P. S. : Et ne pas oublier qu’une conclusion clôt le propos… elle ne l’ouvre pas ! Il n’est plus temps, à la fin d’un devoir, de poser une question purement rhétorique qu’on ne traitera pas.

 

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