Anthologie
Bach et les philosophes
Manuscrit de la partition de “Mit Fried und Freud fahr ich dahin” (BWV 125, 1725), de la propre main de Bach. © akg-images
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Virtuose de génie, aussi mystique que rationaliste, comme le disait Husserl, Johann Sebastian Bach laisse derrière lui une œuvre vertigineuse qui touche du doigt l’infini et réconcilie les contraires. Sa musique n’a cessé de fasciner les philosophes. Florilège de citations. Laquelle sera votre préférée ?
« Sans Bach, la théologie serait dépourvue d’objet, la Création fictive, le néant péremptoire. S’il y a quelqu’un qui doit tout à Bach, c'est bien Dieu […] La musique de Bach est la seule preuve tangible de l’existence de Dieu »
Emil Cioran, Syllogismes de l’amertume (1952)
« La musique fait exister des sentiments, ou en tout cas leur donne une forme inexistante ailleurs. Qui avait jamais éprouvé avant ce qu’il éprouve en écoutant L’Art de la fugue de Bach ? L’Art de la fugue crée un type de sentiment absolument unique, que nous essayons tant bien que mal de rapprocher de ce que nous connaissons en parlant de tristesse, ou quelque autre pauvre équivalent. Mais c’est un type de sentiment créé par la musique elle-même, et là encore, c’est un donner forme au chaos »
Cornélius Castoriadis, Fenêtre sur le chaos (Seuil, 2007)
« [Avec Bach], c’est comme si l’harmonie éternelle s’entretenait avec elle-même, comme cela a dû se passer dans le sein même de Dieu peu avant la création du monde »
J. W. Goethe, propos rapportés, 1827
« Bach s’oublie dans son œuvre, il est au service de son œuvre. Bien sûr, il ne peut manquer d’imprimer sa personnalité dessus ; c’est inévitable. Mais il n’est pas, comme Beethoven, conscient de s’exprimer et d’exprimer ses humeurs. C’est pour cette raison que je les vois comme représentant deux attitudes opposées à l’égard de la musique »