Entretien

Ben Tarnoff : “Le muskisme est un anti-humanisme”

Temps de lecture : 7 min

Ben Tarnoff : “Le muskisme est un anti-humanisme”

Buste d’Elon Musk sur la base de lancement de fusées appartenant à SpaceX, située à Boca Chica Village, au Texas (États-Unis). © Mark Peterson/Redux/Réa

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C’est le livre dont tout le monde débat outre-Atlantique – sa traduction au Seuil est programmée pour 2027. Dans Muskism: A Guide for the Perplexed (« Le Muskisme. Un guide pour les égarés », Allen Lane, 2026), les essayistes Quinn Slobodian et Ben Tarnoff montrent que loin d’appartenir à la mouvance des libertariens techno-fascistes, Elon Musk représente un nouveau visage du capitalisme, antidémocratique et post-humaniste. Dans un entretien exclusif, Ben Tarnoff nous en explique les grandes lignes.


 

Pour Slobodian et Tarnoff, Elon Musk est bel et bien le représentant d’un nouveau paradigme politco-économique, en rupture avec le néolibéralisme aussi bien qu’avec le fordisme. Il vise une « symbiose » entre les entreprises et l’État, en même temps que la mainmise sur le réseau qui doit assurer le contrôle des cerveaux et du débat public. Ennemi de la démocratie, post- voire anti-humaniste, rétif à la mondialisation et à l’individu, le « muskisme » est d’abord et avant tout un visage inédit du capitalisme.
 

Comment définiriez-vous le “muskisme” ?

Ben Tarnoff : Le muskisme est une promesse de souveraineté à travers la technologie et ceux qui la développent. Elon Musk ne vend pas seulement des voitures, des fusées ou des satellites mais aussi l’idée que les individus et les États peuvent renforcer leur puissance dans un monde instable en se connectant à ses infrastructures. Nous avons pensé le muskisme comme un nouveau fordisme. Les commentateurs du siècle dernier comme les théoriciens de la régulation, en s’intéressant à l’œuvre du célèbre industriel Henry Ford, y ont vu un système social global déterminant aussi bien les rapports salariaux que les relations entre l’État et l’économie. Pour nous, Musk est moins un individu que le symbole d’un nouveau paradigme politico-économique.

 

À quoi ressemble la société selon le muskisme ?

Le capitalisme a besoin d’un moteur de croissance, d’un moyen de générer de la plus-value, moyen qui constitue un régime d’accumulation dans la théorie de la régulation. D’un autre côté, parce qu’il repose sur des rapports de dominations, le capitalisme crée de l’instabilité dans l’organisation de la vie sociale. Il a donc besoin d’un ensemble d’institutions pour se stabiliser. Les régulationnistes en distinguent cinq : la forme de la concurrence, de la monnaie, de l’État, de l’insertion dans les relations internationales et des rapports salariaux. Sous le fordisme, caractérisé par la production de masse, les rapports salariaux étaient par exemple stabilisés grâce aux protections sociales, aux conventions collectives, la société était plus généralement pacifiée grâce à un État-providence qui assurait un niveau de vie décent pour tous et s’occupait de réguler le marché.

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