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Benjamine Weill : “Prétendre que le rap est anti-féministe, c’est maltraiter et le féminisme et le rap”

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Benjamine Weill : “Prétendre que le rap est anti-féministe, c’est maltraiter et le féminisme et le rap”

Benjamine Weill. © Michael Bunel

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On réduit souvent le rap au sexisme, voire à la « culture du viol ». Or pour Benjamine Weill, spécialiste du hip-hop, c’est non seulement opérer une réduction injuste, mais aussi rater le problème réel du sexisme et du racisme dans le rap, qui se situerait plutôt dans sa récupération par le capitalisme. Entretien.


 

On reproche au rap d’être sexiste, voire d’incarner la “culture du viol”. N’est-ce pas un peu réducteur ?

Benjamine Weill : Il y a d’abord un problème à voir le rap comme un bloc unique. Pour prendre un exemple, de nombreux cinéastes ont été accusés d’agression sexuelle ou de viol. Jamais personne n’a pour autant réduit l’art cinématographique à la « culture du viol » : l’industrie considère qu’il s’agit de cas isolés. Dans le rap, lorsqu’une situation similaire apparaît, c’est le rap tout entier qui devient une « culture du viol ». Or le rap, comme tout art, est une façon de présenter, d’assumer une vision du monde. C’est donc une question politique. D’autre part, il y a une vision primitiviste dans le fait de considérer que le rap en tant qu’art n’a pas d’histoire. De la même manière qu’on a considéré que le continent africain n’était pas entré dans l’histoire et qu’il ne produisait que de l’art primitif, il y a là un fond raciste, qui s’appuie sur une essentialisation et une réduction. Que signifie l’histoire d’un art ? Cela signifie avoir un passé, un présent et un avenir, une capacité d’évolution, d’émancipation. Refuser au rap la possibilité d’avoir une histoire, c’est lui refuser cette autodétermination. Ces réductions du rap au sexisme et au primitivisme fonctionnent sur la même structure de domination : le patriarcat, le capitalisme et la blanchité, qui sont les trois faces d’une même pyramide et se déclinent en fonction du point de vue économique, géopolitique et du vivre-ensemble. D’où l’impossibilité de pouvoir lire le rap sans en avoir une lecture intersectionnelle.

 

Est-ce que vous pourriez définir la blanchité ?

La blanchité est le système qui privilégie et valorise les personnes et la culture perçues comme blanches. C’est plus complexe qu’une histoire de couleur de peau : il s’agit d’une construction sociale. Par exemple, à l’université parisienne, personne n’explique que quand on est une femme non blanche, on ne va pas s’en sortir. La blanchité, c’est le système qui fait qu’être bien vu, être bien inséré, c’est être un homme blanc.

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