Relations Europe-Russie
Benoît Pelopidas : “Une escalade nucléaire n’est pas exclue en Ukraine”
Le président russe Vladimir Poutine lors de la conférence de presse tenue à l’issue de sa rencontre avec son homologue français Emmanuel Macron, lundi 7 février 2022, au Kremlin à Moscou. © Sergey Guneev/Sputnik/AFP
« Vous n’aurez même pas le temps de cligner des yeux ! » Prononcée par Vladimir Poutine lors de la conférence conjointe tenue avec Emmanuel Macron, à Moscou, lundi 7 février 2022, cette menace d’une attaque militaire et même nucléaire sur l’Europe au cas où celle-ci soutiendrait l’Ukraine dans un conflit armé avec la Russie, inquiète. Loin de s’inscrire dans le processus de « désescalade » qu’Emmanuel Macron prétend avoir arraché au président russe, elle témoigne plutôt de la reconduction de la rhétorique de la dissuasion qui utilise l’argument nucléaire dans le cadre d’un conflit conventionnel autour d’intérêts nationaux.
Nous avons demandé au fondateur du programme d’étude des savoirs nucléaires (Nuclear Knowledges) à Sciences-Po Paris, Benoît Pelopidas, qui vient de publier Repenser les choix nucléaires (éd. Sciences-Po-Les Presses), d’analyser la situation. Au-delà de la stratégie menaçante de Vladimir Poutine, ce fin connaisseur, qui défend le principe d’une recherche indépendante des intérêts militaires et économiques en jeu, propose une réflexion éthique et philosophique sur les fondements de la dissuasion nucléaire et sur la place, totalement sous-estimée selon lui, de la « chance » dans l’évitement de l’usage de la bombe atomique depuis Hiroshima. « L’idée qu’une escalade non autorisée ou accidentelle serait impossible témoigne, affirme Pelopidas, de notre confiance excessive » et d’un « renversement de la vulnérabilité nucléaire en protection ». Un point de vue aussi passionnant qu’alarmant.