Hors-série "Le sommeil"
Bercée par le bruit des mitraillettes par Hélène L'Heuillet
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Cet article est issu du Hors-série n°N°56 de Philosophie magazine « Le sommeil », en kiosque le 09 février 2023. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
D’aussi loin que je m’en souvienne, je n’ai jamais bien dormi. Non que j’ignore, heureusement, les bonnes et longues nuits de sommeil et les matins encore engourdis par la torpeur nocturne. Mais ces « vraies » nuits sont accompagnées d’un tel sentiment de miracle et d’incrédulité devant le nombre d’heures passées sans réveil – elles se hissent à un tel niveau de délice –, qu’elles confirment mon appartenance à la grande cohorte des veilleurs de nuit. L’insomniaque va de stupéfaction en stupéfaction. Comment peut-on tenir le sommeil pour un simple besoin qu’on satisfait sans se poser de question, comme on boit une gorgée d’eau pour étancher sa soif ? Est-il donc possible à certain, e, s de programmer leur temps de sommeil – se coucher tôt pour se lever tôt, faire une grasse matinée pour récupérer d’une soirée prolongée ? Cet étonnement confine à l’indignation quand, au nom des découvertes sur le cerveau, on agite, comme autant de menaces adressées aux impudents qui défient la nuit, les conséquences du manque de sommeil sur le système cardiovasculaire. Il, elle, a appris à ses dépens que le sommeil fait partie des « états optimaux réfractaires au vouloir ». Chaque insomniaque finit par bricoler une panoplie nocturne pour s’accommoder de sa condition, mais surtout chacun et chacune a son histoire propre. Comme tous symptômes, l’insomnie délivre un message.