Passage à l’acte
Bernard Rigaud. La capacité d’exister
© Manuel Braun pour PM
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Cet article est issu du numéro 66 de Philosophie magazine « 66 - février 2013 », en kiosque le 17 janvier 2013. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Utiliser la philosophie comme outil thérapeutique contre l’addiction ? C’est le projet de cet ancien élève d’Henri Maldiney, qui dirige un centre médico-social d’aide aux alcooliques et aux drogués. Ou comment ouvrir au monde des individus enfermés dans leur dépendance.
« Vous qui avez affaire à l’homme malade, vous avez affaire à l’homme. Bien entendu. Mais très souvent mal entendu. Car il arrive que le regard que nous portons sur l’homme malade soit accommodé si fixement sur la maladie que nous cessons de voir l’homme et ne comprenons plus alors ce qu’est sa maladie. » Ces propos d’Henri Maldiney, disciple français de Heidegger dont on fête le centenaire, auraient pu figurer sur le fronton de l’Assocation Drogue et Jeunesse (Adaje), centre médico-social qui accueille dans le XIVe arrondissement de Paris des personnes cherchant un soutien pour rompre avec leurs addictions. Ils servent en tout cas de boussole à son directeur, Bernard Rigaud, ancien élève de Maldiney, qui a placé la philosophie au cœur du dispositif de soin et de réinsertion de cette institution.
Rien ne destinait Bernard Rigaud à ce poste. En 1975, il s’inscrit à l’université de Lyon en droit, sciences politiques et philosophie. Il suit les cours de professeurs éminents, dont Henri Maldiney. « J’étais loin d’imaginer que ce serait un point d’ancrage de mon existence. » Maldiney s’inscrit alors dans la Daseinsanalyse qui utilise les catégories de Heidegger, comme celle d’ouverture au monde, pour réinterpréter la psychanalyse freudienne et les pathologies psychiques. Mais son enseignement n’est pas toujours très… ouvert. « Il déroulait sa pensée par des sommations et des provocations. J’en sortais en proie à une certaine perplexité, marquée du malaise de ne pas la saisir. » Son cursus achevé, Bernard Rigaud quitte Lyon pour Paris et soutient une thèse en histoire sur les funérailles nationales… Mais la mémoire des morts ne lui procure pas de quoi vivre. C’est sa formation en droit privé qui lui permet d’être engagé dans un groupe financier. Une activité à laquelle il se consacrera pendant quinze ans. À la fin des années 1990, il entame une psychanalyse. Un choc ! Il décide de s’y former. Avant de rejoindre en 2005 l’Adaje.