France / Élections
Bernard Stiegler : “Le Front national est un escamoteur”
Marine Le Pen (cc) Rémi Noyon / Flickr
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Cet article est issu du numéro 76 de Philosophie magazine « Peut-on être honnête et réussir ? », en kiosque le 23 janvier 2014. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Selon Bernard Stiegler, si Marine Le Pen, comme son père, canalise la souffrance des Français contre des boucs émissaires, elle s’en démarque en prônant un nationalisme étatiste.
Pour 72 % des électeurs Front national (FN), le motif de leur vote est de « manifester un mécontentement » [1].
Bernard Stiegler : Un constat : une « révolution » est nécessaire, qui n’a pas lieu. Il ne s’agit pas de couper des têtes ; une révolution est simplement ce qui se produit quand un cycle est révolu. Or notre modèle de société est révolu : en un siècle, jusqu’à la crise de 2008, le modèle fordo-keynésien qui fondait la société et son économie s’est effondré. Nous sommes passés d’un monde où le salarié avait assez de pouvoir d’achat pour absorber la production à un monde spéculatif et insolvable où le salaire est remplacé par l’endettement et où le rapport entre rémunération du capital et rémunération du travail est honteusement déséquilibré. Ce système repose en outre sur la destruction de l’attention, l’addiction et le court-termisme, qui imposent une « bêtise systémique » où le FN prospère. À ses sympathisants qui souffrent de cette bêtise sans être capables de la nommer, le FN désigne des boucs émissaires qui détournent leur attention. Telle est la base de l’idéologie du Front national.