Bernard Stiegler : « Prendre soin des jeunes générations »
© Nicolas Mahler pour PM
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Cet article est issu du numéro 72 de Philosophie magazine « 72 - septembre 2013 », en kiosque le 22 août 2013. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
« J’ai eu une éducation scolaire bousculée et acrobatique qui s’est terminée prématurément en 1968 [lire le grand entretien avec Bernard Stiegler]. Je viens d’un milieu populaire. Mon père a commencé sa carrière comme électricien aux PTT. J’ai grandi à Sarcelles, où je changeais souvent d’établissement scolaire en cours d’année : la ville “poussait comme un champignon”. En moins de dix ans, elle était passée avec l’arrivée des rapatriés d’Algérie de dix mille à soixante mille habitants. L’enseignement secondaire était alors donné par des instituteurs requalifiés qui ne maîtrisaient pas toujours leur discipline face à une population extraordinairement hétérogène, mais cela marchait : on avait foi dans le savoir et dans l’éducation. Pour tout le monde, parents, enseignants, élèves, élus, la société advenait à l’école. Les familles étaient mobilisées pour y emmener des enfants éducables. La mienne tirait parfois le diable par la queue, mais mes parents achetaient disques, romans et même livres d’art. À Sarcelles, grâce à la politique culturelle menée par le parti communiste, il y avait un festival de théâtre, où j’ai découvert les classiques du répertoire, mais aussi des expositions d’art moderne de haute tenue. La télévision de de Gaulle participait également à notre éducation : j’y ai par exemple découvert Les Perses d’Eschyle mis en scène par Jean Prat. Et, chose aujourd’hui inimaginable, l’émission Lecture pour tous présentait La Littérature et le Mal, de Georges Bataille.