Politique / France
Brigitte Macron entre Leibniz et Voltaire
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Cet article est issu du numéro 113 de Philosophie magazine « Y a-t-il encore une vérité ? », en kiosque le 28 septembre 2017. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Dans son interview au magazine “Elle” au mois d’août dernier, la femme du président donne sa version du “meilleur des mondes possibles”… Retour aux sources.
Lors de son interview à Elle, Brigitte Macron a cité un philosophe en répondant à une question sur une prétendue malédiction qui s’abattrait sur les premières dames. « Moi, je suis plutôt leibnizienne, je pense qu’il y a toujours un juste équilibre entre le bonheur et le malheur. Je ne suis pas une optimiste invétérée, mais quand on regarde l’ensemble des choses, le monde n’est pas si mal. »
Que vient faire ici Leibniz (1646-1716) ? Ce dernier affirme que nous vivons dans le meilleur des mondes possibles. Qu’il ne sert donc à rien de se lamenter, sans se croire pour autant dans un jardin enchanté. Au début du XVIIIe siècle, Leibniz reformule un problème ancien, celui de la théodicée, littéralement « justice de Dieu ». Comment Dieu peut-il admettre qu’il existe du mal dans le monde ? S’il produit le mal, comment peut-on le dire bon ? Et si le mal advient sans que Dieu ne puisse l’empêcher, comment peut-on le dire tout-puissant ? Leibniz propose une solution habile à ce casse-tête. Pour lui, « Dieu veut antécédemment le bien et conséquemment le meilleur » (Essais de théodicée). Préalablement à l’existence du monde, Dieu repousse toute espèce de mal. Mais le monde est un ensemble d’éléments qui se développent, entrent en conflit et ne donnent pas un effet totalement bon. En effet, tout est lié : « l’univers, quel qu’il puisse être, est tout d’une pièce, comme un océan ; le moindre mouvement y étend son effet à quelque distance que ce soit ». En outre, comme l’homme – c’est ce qui le distingue de Dieu – est un être limité, il a des imperfections. L’histoire de l’homme dans le monde produit forcément des conflits et des injustices. Dieu agit donc comme un grand architecte qui doit intégrer des formes et des matériaux divers pour construire un bâtiment. Dieu, avant de créer notre monde, fait défiler dans son esprit la série de tous les mondes possibles : celui ou César ne franchit pas le Rubicon et ne s’empare pas du pouvoir, celui où Napoléon s’enfuit de Sainte-Hélène, etc. Au nom de son omniscience, il compare le mal qui découle de chacun de ces mondes. Au nom de sa bonté infinie, il choisit celui dans lequel la somme de maux sera la moindre. Au nom de son omnipotence, il crée ce monde-ci. En choisissant le nôtre, nous avons la garantie qu’un autre aurait été bien pire. C’est ce qui fait dire à Brigitte Macron qu’il existe « un juste équilibre entre le bonheur et le malheur ».