Exposition
Camille Vivier à la MEP : malaise dans le culturisme ?
© Camille Vivier, “Belt”, 2018 — © Camille Vivier, “Deborah Standing in Freud’s Cabinet”, 2023
La Maison européenne de la photographie, à Paris, expose en ce moment les œuvres de Camille Vivier. Bodybuildeuses qui posent chez Freud, corsets abstraits, créatures oniriques pas très rassurantes… Aussi stimulantes que dérangeantes, ses mises en scène photographiques attirent par leur singularité toute psychanalytique, où l’inquiétante étrangeté a fait son nid. Allez donc y donner libre cours à votre pulsion scopique !
« Un cheval blanc sur fond rouge, aux yeux étincelants, comme sorti du cauchemar de Füssli ou de chez David Lynch. Un pantin. Une grenouille dans un bécher. Une femme dans un corset métallique, une quasi armure. Une cerise pulpeuse en grand format. La rétrospective dédiée à la photographe Camille Vivier, à la Maison européenne de la photographie, multiplie les accidents qui, tout au long du parcours, arrêtent le regard. Sa bizarrerie étonne. Ses portraits détonent. Elle a mis en scène à plusieurs reprises des bodybuildeuses. Deborah [photo] est l’une de ces culturistes, présentes au cœur de son travail. Elle pose à la manière des statues grecques chez Sigmund Freud, à Londres (dans sa maison devenue un musée), au milieu d’objets familiers et étranges : tapis à motifs, bustes et statuettes antiques, le divan bien sûr.
Bizarre, vous avez dit bizarre ?
“Inquiétante étrangeté” : le père de la psychanalyse a forgé cette expression pour désigner le malaise naissant quand ce qui était caché ou enfoui resurgit, sort de l’ombre mais se trouve assez rapidement reconnu. “L’inquiétante étrangeté, écrit-il, est cette variété particulière de l’effrayant qui remonte au depuis longtemps connu, depuis longtemps familier.” Camille Vivier, elle, cultive cette impression baroque. Elle joue de cette esthétique qui, en même temps, fascine et effraie. Elle joue avec les doubles et l’androgynie, la friction entre le refoulement et l’exhibition, la confusion entre le vivant et l’inanimé.
Cet obscur objet du désir
Dans l’une de ses séries, Camille Vivier convoque par exemple de surprenantes marionnettes conçues dans les années 1930 par Luigi Veronesi, un représentant de l’abstraction italienne. Dans toutes ses compositions, par-delà leur ravissante variété, se retrouve une attention au détail par lequel le désir est attiré. Dans le tirage intitulé Belt [“ceinture”, photo], une boucle qui pourrait être celle d’une selle de cheval fait office de cache-sexe, braquant le regard sur ce qui est pourtant caché, manifestant un désir cadenassé, mais comme réveillé parce qu’interdit. Or mettre le spectateur dans la posture du voyeur, n’est-ce pas l’essence de la photographie ? Qu’en pense le docteur Freud ? »
Camille Vivier, une exposition à la Maison européenne de la photographie, jusqu’au 13 septembre. Infos pratiques.
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