C’est quoi ton (stéréo)type ?

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Cet article est issu du numéro 138 de Philosophie magazine « 138 - avril / mai 2020 », en kiosque le 26 mars 2020. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Asiatique soumise ou Noir bestial… En matière de fantasmes, les clichés raciaux ont la vie dure. Une fétichisation de l’autre exacerbée par l’explosion de la pornographie en ligne et les critères de sélection des sites et applications de rencontre. Comment y remédier et créer une société sexuellement juste ? Réponses avec le chercheur en éthique Martin Gibert.

Vous vous êtes penché sur la notion de « racisme sexuel ». De quoi s’agit-il ?

Martin Gibert : Dans le domaine de la sexualité, nous sommes de toute évidence libres de désirer des gens qui ont telle couleur de peau ou telles caractéristiques physiques, de même que certains préfèrent les cheveux longs ou les personnes de grande taille. Ainsi, la simple préférence n’est pas suffisante pour parler de racisme. Un chercheur américain en sciences politiques, Sonu Bedi, auteur de Private Racism [Cambridge University Press, 2019 ; non traduit], explique que le racisme sexuel consiste dans le fait de privilégier des partenaires amoureux ou sexuels sur la base de critères de race d’une manière qui renforce les hiérarchies et les stéréotypes raciaux. La seconde partie de la définition est capitale.

 

Concrètement, comment s’expriment de telles stigmatisations ?

Dans l’industrie du X, les actrices noires sont moins bien payées que les blanches, avec une rémunération qui peut être réduite de moitié. De même, les actrices blanches évitent de faire de l’« interracial » ou demandent un cachet plus important – parce que cela diminuerait leur valeur sur le marché. D’ailleurs, le terme même d’« interracial » est révélateur, car il n’est utilisé que lorsqu’un Blanc a une relation sexuelle avec un non-Blanc. On ne parle pas d’interracial quand un Noir a une relation avec une Asiatique. De façon plus générale, je pense que le concept de male gaze, de « regard masculin », développé par la critique de cinéma Laura Mulvey, s’applique très bien aux films X. À l’origine, cette expression qui vise le cinéma hollywoodien signifie que la plupart des films sont produits dans l’idée que les spectateurs sont des hommes. Voilà pourquoi la caméra s’attarde tant sur les corps des femmes et pourquoi leurs personnages sont souvent réduits à des objets de désir ou de plaisir. C’est aussi le cas avec les vidéos porno, quand bien même 25 % des spectateurs sont des femmes. Et je crois qu’on peut ajouter que ce male gaze est surtout un white male gaze. Les contenus pornographiques mai­stream sont produits pour des hommes blancs et renforcent souvent des stéréotypes – celui de la femme asiatique soumise ou de la femme noire sauvage. Dans les films porno en réalité virtuelle où le spectateur se met dans la peau d’un acteur, les pénis sont blancs. 

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