Questionnaire de Socrate

Chassol. Maître du jeu

Temps de lecture : 2 min

Chassol. Maître du jeu

© Flavien Prioreau

Cet article est issu du numéro 147 de Philosophie magazine « Liberté, égalité, identités - Comment reconnaître nos différences ? », en kiosque le 18 février 2021. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

« J’ai été bouleversé par Le Jeu des perles de verre, utopie dans laquelle Hermann Hesse invente un jeu capable d’unir toutes les sciences et tous les arts », précise, à l’intérieur du livret de Ludi (Tricatel), Christophe Chassol. Cette lecture a servi de trame à son sixième « ultrascore ». C’est ainsi que ce musicien surdoué appelle ses albums où, partant de vidéos et de sons enregistrés in situ, fusionnant électro, jazz et classique, il se propose d’« harmoniser le réel ». Après avoir exploré les musiques de rue indiennes (Indiamore) et les paysages sonores de la Martinique (Big Sun), c’est l’imaginaire de Hesse qu’il déploie en une multiplicité de flux mélodiques.

 

Quel est ton jeu préféré ?

Qui est-ce ? J’ai beaucoup joué à ça. Et Tétris ! Son effet de complétion à la fois logique et organique me paraît très satisfaisant.

 

Le meilleur conseil qu’on t’a donné ?

Ne pas être qu’un artiste qui a toute licence mais rester un artisan au service de commandes. Ces contraintes développent les compétences, m’a dit le compositeur Michel Colombier.

 

Tes héros, enfants ?

Robert Smith, Chick Corea, les Bérurier Noir et les Black Panthers ! 

 

De quoi aimes-tu être ivre ?

De grands bains de musique indienne qui s’étirent sur une note !

 

Que retiens-tu de ton éducation ?

La méthode de travail ! Mon père me faisait répéter le piano, mais ce n’était pas austère. Il était très pédagogue, donc c’était cool. 

 

Le combat dont tu es le plus fier ?

Je n’ai pas de combats mais des équations de création dont je dois trouver la solution. 

 

De quoi n’as-tu pas encore accouché ?

Le morceau où tout serait là, fluide. Et j’adorerais pouvoir faire un film d’animation où musique et image s’enchaîneraient en montrant les milliards de connexions que tu as dans la tête et comment, comme dans La Nuit des temps de Barjavel, une chose se matérialise au moment où tu la penses ! 

 

Ta devise ?

« Ce qu’on fait, c’est ce qu’on peut faire. » 

 

Une promesse que tu t’es faite ?

Aucune, je les romps toujours. Comme quand je me dis : « Allez, dans deux mois, j’arrive à faire le 3e mouvement du concerto en sol de Ravel ! », et je galère, donc je change les règles : « Bon, j’ai jusqu’à mes 80 ans ! » 

 

La dernière chose qui t’a véritablement étonné ?

La série I May Destroy You de et avec Michaela Coel. Je me suis senti dépassé par l’actualité de la pensée et de ce que montre cette fille.

 

Pour toi, l’inspiration, c’est...

Avoir des lunettes spinozistes pour que, dès que tu poses ta pensée sur une chose, en découle un effet domino qui déroule les fils et te montre le flux qui l’irrigue.

 

Un rituel ?

La façon très geek-psychopathe dont je classe mes fichiers – des arborescences très spécifiques – et allume mes logiciels pour me mettre au boulot ! Ah ! et l’en-cas pain grillé-comté-viande des Grisons que je me prépare avant de lancer un film pour me débrancher le cerveau !

 

Le lieu qui se rapproche le plus de la cité idéale ?

L’anse Figuier en Martinique. C’est familial et paradisiaque.