La question du moment

Chomsky et la fin de la démocratie

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Noam Chomsky.

Noam Chomsky. © Andrew Rusk/Wikimedia Commons - CC-BY-2.0

« L’élection qui pourrait détruire l’Amérique » titre aujourd’hui le site Internet du magazine américain The Atlantic. Quelques semaines auparavant, le quotidien The New York Times annonçait « la mort de la démocratie au grand jour » et la « fin de la démocratie américaine ». Une prophétie partagée par le Los Angeles Times, qui redoute « la disparition de la démocratie ». Quant à la politologue Ana Palacio, elle envisage carrément l’échéance électorale à venir comme « le jour du Jugement dernier pour la démocratie » sur le site Internet Project Syndicate. De toutes parts, la possibilité d’une réélection de Donald Trump nourrit le spectre d’une destruction de système politique américain. 

Les déclarations récentes du président sortant, qui refuse de s’engager à un « transfert pacifique » du pouvoir en cas de défaite, n’ont évidemment rien arrangé. Trump est-il, cependant, le fossoyeur de la démocratie américaine, la cause de son effondrement, ou bien n’est-il que le symptôme d’un système à bout de souffle, incapable de se transformer pour s’adapter au monde contemporain ? C’est l’une des questions auxquelles nous avons essayé de répondre dans le dossier de notre dernier numéro, « De la fin de la démocratie en Amérique ». 

 

“De la fin de la démocratie en Amérique”, le dernier numéro de Philosophie magazine
« De la fin de la démocratie en Amérique », le dernier numéro de Philosophie magazine

Car, au-delà de ses conséquences sur les Américains eux-mêmes, l’essoufflement possible de la tradition politique de la superpuissance états-unienne concerne le monde entier, et en particulier les autres démocraties. La plupart d’entre elles doivent aussi faire face à la montée du nationalisme et de l’autoritarisme. 

L’objectif de l’International progressiste, dont le premier sommet s’est tenu le week-end dernier, consiste justement à affronter cette « Internationale conservatrice » alliée au néolibéralisme le plus brutal qui, de Trump à Orbán en passant par Erdoğan, s’en prend chaque jour un peu plus aux fondements de la démocratie. Le philosophe et linguiste Noam Chomsky a tenu l’un des discours les plus marquants de ce rassemblement inaugural : « En janvier dernier, les analystes [de l’Horloge de la fin du monde] sont passés des minutes aux secondes : nous voilà cent secondes avant minuit », avant l’apocalypse. En cause : « Les menaces croissantes de guerre nucléaire et de catastrophe environnementale, et la détérioration de la démocratie. Ce dernier élément peut sembler déplacé à première vue, mais ce n'est pas le cas. Le déclin de la démocratie est un élément fondamental du terrible trio. » Et d’ajouter que « le seul espoir d'échapper aux deux autres menaces d’anéantissement est une démocratie dynamique dans laquelle les citoyens concernés et informés sont pleinement engagés dans les délibérations, dans l'élaboration des politiques et dans l'action directe. »

Selon Chomsky, il est donc plus urgent que jamais de lutter contre les politiques de Trump qui « sapent la démocratie ». Mais le temps presse : « Cet assaut contre la démocratie n’en est qu’à ses débuts » mais va s’intensifier à l’avenir. « Rien de tel ne s’est produit dans l'histoire souvent troublée de la démocratie parlementaire. » Pour Chomsky, si la démocratie représentative veut survivre, elle doit cependant se transformer, et prendre conscience de ses problèmes chroniques - notamment « l’extrême concentration de richesse ». La balle est dans le camp des démocrates du monde entier, que le linguiste anarchiste exhorte à faire front commun. 

La fin de la démocratie en Amérique, l’hypothèse de notre dernier numéro
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