Point de vue

Christophe Girerd : « Une manière sceptique d’aller au-devant des plaisirs de ce monde »

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Cet article est issu du numéro 30 de Philosophie magazine « 30 - juin 2009 », en kiosque le 28 mai 2009. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Qu’est-ce que le libertinage à la française ?

Le cliché du Français séducteur est le fruit d’une histoire culturelle qui va du Don Juan de Molière aux Liaisons dangereuses portées à l’écran par Stephen Frears – ce film a d’ailleurs largement contribué à faire croire au monde anglo-saxon que les Français sont des amants hors pair et les Françaises des femmes fatales. Parallèlement à l’œuvre de Choderlos de Laclos, la Philosophie dans le boudoir du marquis de Sade a tellement accentué le type du libertin qu’on en est venu à douter de l’existence même de tels personnages. Le libertin chez Sade est un homme dont les vertus d’ingratitude et d’infidélité vont jusqu’à l’homicide. Mais, à l’origine, si l’on en croit Furetière et les premières publications clandestines, comme L’Académie des dames de Nicolas Chorier, la libertine est simplement une fille qui refuse d’obéir à la discipline familiale et conventuelle, qui joue avec les règles instituées par la mère, le mari ou les sœurs. Or, au XVIIIe siècle, le libertin, de désobéissant devient lascif, et la confusion de ces deux images brouille son identité jusqu’à aujourd’hui encore. Le cliché du libertinage à la française est donc un malentendu travaillé par deux siècles de littérature. On ne sait pas en réalité qui étaient réellement les libertins.

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