Entretien
Christophe Rauck : “Il n’y a pas de réponse au théâtre, que des questions”
Christophe Rauck. © Martin Bureau/AFP
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Après des années de travaux, le centre dramatique national Nanterre-Amandiers rouvre, avec son inauguration officielle ce vendredi. Son directeur, le metteur en scène Christophe Rauck, s’apprête, lui, à présenter une nouvelle pièce, Presque égal, presque frère. Que signifie « faire du théâtre » ? Que représente la reconstruction d’un lieu aussi chargé d’histoire que les Amandiers ? Entretien.
Vous montez prochainement la pièce Presque égal, presque frère. Quel en est le sujet ?
Christophe Rauck : Ce sont en réalité deux pièces qui se répondent, d’un dramaturge suédois d’origine tunisienne, Jonas Hassen Khemiri, qui a donc un point de vue particulier sur notre société en tant qu’enfant issu de l’immigration, de père tunisien et de mère suédoise. L’auteur porte un regard curieux sur ce que signifie l’identité dans une société qui se veut ouverte mais qui, en même temps, possède ses propres codes. Il porte également ce regard sur lui-même, en tant que personne issue de l’immigration, du moins à cheval sur deux cultures et deux pays, qui soudainement se retrouve, à la suite d’un attentat, sous le regard des autres et sous son propre regard, qui finissent par devenir une paranoïa. Jonas Hassen Khemiri travaille sur la construction de sa propre identité à partir de son histoire et de l’histoire d’autrui, à partir de ce que l’on projette à la fois sur soi et sur les autres.
“Je suis un œil extérieur”
Comment travaillez-vous avec les acteurs ?
Je suis un œil extérieur. Le metteur en scène, pour moi, est celui qui connaît l’entrée de la grotte, le début, qui a la carte. Après, ce sont eux, les acteurs, qui descendent dans les profondeurs. Le metteur en scène les guide au début, puis, lorsque tout va bien, il se fait guider. On est emportés collectivement par ce lien entre le texte et le jeu, et par la question que le texte pose à travers différentes situations. On travaille directement sur le plateau, ensemble avec la scénographe, l’éclairagiste, le son, la musique… Les choses se mettent en place avec les acteurs puisque l’écriture est assez performative, proche du récit, mais pas d’un récit conté. C’est un récit théâtralisé avec des situations, des superpositions de temporalités, une écriture conjuguée au passé, au futur et au présent, pour nous faire voyager dans les différents espaces-temps se déroulant dans la tête et la vie des personnages.