Théâtre
“La Réponse des hommes”. Bonté bien orchestrée
La réponse des hommes ©Simon Gosselin
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Cet article est issu du numéro 157 de Philosophie magazine « Comment la droite s’est emparée des esprits », en kiosque le 17 février 2022. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
La scène est-elle un théâtre de la conscience ? Avec La Réponse des hommes, neuf fictions qu'elle a écrites et mises en scène, Tiphaine Raffier tente une réponse, tout en magnifique complexité. À voir en tournée en France.
Faire de la scène un théâtre de la conscience : voici tout l’art de Tiphaine Raffier, qui monte La Réponse des hommes. De réponse, il n’y en aura pas de définitive. C’est même tout le ressort dramatique et philosophique des neuf fictions vertigineuses qu’elle a écrites et mises en scène. Car les dilemmes moraux interprétés ici, inspirés tout à la fois du Décalogue de Krzysztof Kieślowski et des « œuvres de la miséricorde » de l’Évangile selon saint Matthieu, ne présentent aucune issue facile. Des devoirs spirituels et physiques dictés aux chrétiens – accueillir les étrangers, nourrir les affamés, donner à boire aux assoiffés, vêtir ceux qui sont nus, visiter les prisonniers, assister les malades… –, elle a en effet tiré une série de questionnements sur la bonté de nos actions, attentive au réel dans son détail. Avec tout le pouvoir de la fiction et la profondeur émotionnelle de ses personnages, elle déploie un passionnant laboratoire de réflexion éthique, jamais austère et souvent comique, en contexte : dans une maternité où une mère travaillant dans l’humanitaire peine à aimer son propre enfant, dans une prison où religieux et prisonniers composent avec les impératifs moraux, en famille, au tribunal ou à l’hôpital. Tiphaine Raffier démontre avec brio « l’indéterminisme absolu de nos actes », comme le faisait Ruwen Ogien, dont elle se réclame. En partisan d’une éthique minimale, le philosophe montre déjà, dans L’Influence de l’odeur des croissants chauds sur la bonté humaine (Grasset, 2011), la difficulté à préjuger des raisons qui nous poussent à bien agir. « Si, écrit-il, à l’origine de nos jugements dits “moraux”, il y a toujours des émotions négatives comme la haine ou le ressentiment, des intérêts purement égoïstes, ou des mécanismes psychologiques qui n’ont rien à voir avec l’éthique, comme une préférence pour les proches, est-ce que cela ne les discrédite pas entièrement en tant que jugements authentiquement moraux ? Comment pourrait-on leur faire confiance pour nous dire ce qui est bien ou juste ? » L’excellence de la distribution – comédiens comme musiciens – et la qualité de l’écriture soutiennent ce spectacle total, convoquant tous les arts. Il s’achève avec une fiction intitulée « Sauvegarder la création », s’abîmant finalement dans la contemplation de « cette complexité que les hommes ont détruite ». C’est vrai qu’elle est belle cette complexité, Tiphaine Raffier nous en convainc !