Société

Chut ! Sommes-nous plus sensibles au bruit qu’avant ?

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Chut ! Sommes-nous plus sensibles au bruit qu’avant ?

© Kristina Flour/Unsplash

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Les plaintes pour nuisances sonores explosent. À quoi est-ce dû ? Notre environnement est-il plus bruyant ou bien sommes-nous devenus de plus en plus sensibles aux sons ? Victorine de Oliveira a mené l’enquête.


 

Le confinement lié à la pandémie de Covid-19 n’a pas eu que des inconvénients. Les citadins ont notamment eu la possibilité de jouir d’un nouvel environnement en découvrant les vertus du silence et ses effets bénéfiques sur la santé autant physique que mentale. Le répit a toutefois été de courte durée. Si les bruits de pas de votre voisin du dessus vous rendent désormais dingue, si le va-et-vient des avions au-dessus de votre tête vous empêche de dormir, ou encore si un bar vient d’ouvrir en bas de chez vous et attire une population certes joyeuse et festive, mais peu compatible avec vos horaires de bureau et de sommeil, vous faites partie des 54% de Français qui se disent perturbés par « le bruit du quotidien », et des 57% de personnes qui se déclarent plus sensibles à la qualité sonore de leur environnement qu’avant le confinement.

“Notre sensibilité aux sons signalerait-elle des frictions impensées dans notre rapport sensible aux autres ?”

 

Selon une étude menée par le Centre d’information sur le bruit (CidB) entre le 26 mai et le 26 juin 2020, notre perception du bruit a changé depuis la crise sanitaire. Nous y sommes paradoxalement plus sensibles, alors que la plupart des grandes villes, Paris en tête, se vantent d’avoir drastiquement fait baisser la pollution sonore, à coups de limitations de vitesse et de priorité accordée aux « mobilités douces » – ce qui n’empêche pas les plaintes pour nuisances sonores d’avoir explosé. Parmi les sources de bruit identifiées par le CidB, le trafic routier reste la plus signalée à 49%, ainsi que les bruits de voisinage (36%). Ces derniers sont décrits (à 62%) comme « le comportement des voisins », très largement au-dessus des bars, restaurants et terrasses (14%). Comment comprendre cette attention nouvelle, qui semble entrer en contradiction avec les bilans plutôt positifs des municipalités ? Notre sensibilité aux sons signalerait-elle des frictions impensées dans notre rapport sensible aux autres ?

Politiques du sensible

S’intéresser au sensible dans le domaine politique n’a rien d’une évidence, quand bien même les affects font l’objet de plus en plus d’attention, que l’on se penche sur le ressentiment (Cynthia Fleury, Ci-gît l’amer. Guérir du ressentiment, Gallimard, 2020), la colère (Gloria Origgi, Passions sociales, PUF, 2019) ou les mécanismes d’attachement (Chowra Makaremi, Résistances affectives. Les politiques de l’attachement face aux politiques de la cruauté, La Découverte, 2025). Comment les mesurer, les quantifier ou les intégrer à des tableaux Excel ? Un rapport publié en janvier 2025 par la Fondation Jean-Jaurès réclame la mise en œuvre de politiques du sensible destinées à répondre à une révolte enracinée dans un mode de vie qui tend à se normaliser, notamment chez les plus jeunes : « Addictions aux écrans […], sédentarité extrême, réduction des espaces de promenade à l’extérieur, alimentation ultra-transformée, intolérance aux bruits violents et aux lumières trop puissantes, sentiment de solitude allant croissant, contacts physiques se raréfiant, anxiété de plus en plus forte face à l’avenir. » Si nous sommes devenus si sensibles face au bruit, c’est parce que nous avons cessé de résonner avec le monde, pour reprendre les termes du sociologue allemand Hartmut Rosa.

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