Hors-série « L'amitié »

Comment rompre avec un ami ?

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Cet article est issu du Hors-série n°N° 50 de Philosophie magazine « L’amitié. Ce que nous avons de meilleur ? », en kiosque le 29 juillet 2021. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Les histoires d’amitié finissent mal parfois. C’est ainsi que l’essayiste Sonia Feertchak essaie de se délester d’une vieille amitié devenue trop pesante. Non sans scrupules. Appelant à la rescousse Aristote, Cicéron et Maurice Blanchot... elle se résout à rédiger sa lettre de rupture.

 

Comment mettre fin à une amitié ? C’est la question que je me pose, d’un point de vue personnel et urgent, en commençant à écrire cet article. Une amitié vieille de vingt-cinq ans me pèse à tel point que je souhaite y mettre un terme. Impatiente d’en finir, j’ai d’abord observé, pour justifier mon empressement, qu’il est plus respectueux de mettre fin verbalement à une histoire d’amour, plutôt que de s’évanouir dans la nature – devenir fantôme, selon la formule anglaise du ghosting, « nouveau nom d’une vieille lâcheté », comme l’écrit joliment la philosophe Claire Marin dans Rupture(s) [éditions de l’Observatoire, 2019]. Dans le cadre de l’amitié aussi, la rupture explicite serait la conduite à tenir. Pourtant, on dit rarement : « il a rompu » en parlant d’un ami. Mais la distance et le silence que j’impose à celle qui est à l’origine de l’écriture de ce texte ne sont objectivement pas honorables ; je m’en sens coupable, certaine de la blesser et de la faire douter.

"Dans le cadre de l’amitié aussi, la rupture explicite serait la conduite à tenir" 
Sonia Feertchak

Peut-on comparer la fin d’une amitié à la fin d’un amour ? L’attachement amical est moins radical, exclusif et chronophage que le lien amoureux : j’ai plus d’un ami, sans hiérarchie entre eux ni vie commune à leurs côtés ; si nous passons plusieurs mois sans nous voir, notre amitié ne s’en trouve pas altérée. Du point de vue du chagrin susceptible d’être causé, en revanche, la rupture est presque également douloureuse. C’est l’amie dont je veux me détourner aujourd’hui qui, autour de nos 30 ans, avait alors rompu. Elle m’avait envoyé une lettre et n’avait pas hésité, elle, à interrompre notre relation. J’en avais été laminée.

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