Comprendre par soi-même et aimer pour de bon
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Cet article est issu du numéro 80 de Philosophie magazine « 80 - juin 2014 », en kiosque le 28 mai 2014. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Nous ne suivons plus Rousseau qu’à demi, affirme Claude Habib : nous approuvons que l’homme soit né libre, mais nous sourions à l’idée qu’il soit né bon. Pourtant, dans le projet éducatif de l’auteur de l’“Émile”, bonté et liberté vont de pair pour amener l’enfant à l’autonomie.
L’homme est dénaturé dans la société de ses semblables, la figure humaine est perdue. Elle est semblable à la statue de Glaucus restée sous la mer, « tellement défigurée qu’elle ressemblait moins à un dieu qu’à une bête féroce ». Rousseau veut nous sortir de là. Son ambition est de rendre à l’homme ses véritables traits. C’est pourquoi Émile est bien plus qu’un traité d’éducation. Rousseau l’appelle « théorie de l’homme ».
Proscrit, exilé, malade, il écrit une fière justification. Il présente l’Émile, œuvre interdite, comme une alternative au christianisme. Il a découvert une explication plus compréhensive de l’homme : « Le péché originel explique tout excepté son principe, et c’est ce principe qu’il s’agit d’expliquer. » Dieu, qui est bon, n’aurait jamais soumis l’homme à une épreuve au-dessus de ses forces. Le malheur, puisqu’il est là, ne résulte pas du vieux débat entre le commandement et la tentation. Oublions la théologie. L’homme a fait son malheur lui-même.
Cette proposition lui a valu les foudres de l’Église, elle encourt à présent notre condescendance. Elle fut hérétique, elle nous paraît niaise. Nous ne suivons plus Rousseau qu’à demi : nous approuvons que l’homme soit né libre, mais nous sourions à l’idée qu’il soit né bon.