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Conseil n° 12. N’oubliez pas l’anniversaire de l’oncle Georges

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Conseil n° 12. N’oubliez pas l’anniversaire de l’oncle Georges

Illustration : © Alain Pilon/Costume 3 Pièces pour PM

Cet article est issu du numéro 153 de Philosophie magazine « Peut-on changer de logique ? », en kiosque le 23 septembre 2021. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

La chronique de ce mois-ci est un pense-bête : n’oubliez pas l’oncle Georges ! C’est bientôt son anniversaire. 100 ans, vous avouerez, ça se fête. 100 ans, ça fait déjà pas mal de temps passé qui est toujours joli une fois qu’on a cassé sa pipe. 100 ans, ça fait déjà un bon paquet de temps gagné auquel on paye la gabelle un grain de sel dans les cheveux. 100 ans, ça fait du temps perdu qui tue le temps comme il peut.

Du fait qu’il est né le 22 octobre 1921 – même si, comme moi, vous n’êtes pas spécialement fortiche en calcul –, vous arriverez assez vite à une conclusion à laquelle, sans trop de difficultés, je suis parvenu : oncle Georges a 100 ans de façon imminente.

Il est né dans cette ville de Cette qui, depuis, a eu le temps de changer de nom pour devenir Sète. Un adjectif démonstratif comme ville natale pour un poète qui l’était si peu, c’était presque une faute de goût.

Oncle Georges a 100 ans et il n’attend rien de vous. Pas de fleurs, pas de cadeaux, ni de bougies sur le gâteau. Oncle Georges n’a besoin de rien. Il a déjà l’éternité. Oncle Georges a 100 ans, et évitez de lui présenter des clichés du genre « Vous ne les faites pas ». Oncle Georges fait son âge, celui de l’humanité tout entière, celui de l’Auvergnat, de la fille de joie et du petit cheval de Paul Fort. Serait-il fier si, en se cotisant, on lui apportait la postérité en offrande ? Pas sûr. La plus belle récompense, ce serait peut-être qu’un enfant, dans 100 ans, se mette à fredonner l’un de ses couplets, en ignorant le nom de l’auteur, sans savoir, comme disait l’autre troubadour occitan, pour qui battait son cœur. 

Oncle Georges a donc 100 ans et il est mon chanteur préféré depuis toujours. Depuis que j’ai l’âge d’écouter des chansons. Depuis que je goûte le plaisir d’un mariage quand il est réussi, quand il est heureux, entre des paroles et des notes qui ne s’étaient jamais rencontrées et qui se trouvent avec une telle évidence qu’on dirait qu’elles se connaissaient depuis toujours. Il est mon chanteur préféré depuis que j’ai l’âge d’apprécier sa façon si particulière de dire des énormités sans en faire des caisses, d’exprimer ses colères sans élever la voix, de chanter les grands sentiments sans se croire obligé de faire l’œil de velours.

C’est l’anniversaire de Georges, et remarquez, si par mégarde, par négligence, vous étiez amené à l’oublier, je crois bien qu’il ne vous ferait pas de reproche. Je crois même qu’il s’en foutrait. De son vivant déjà, il n’était pas trop porté sur la bienséance.

Oncle Georges a 100 ans. Oserais-je dire ici qu’il est aussi mon philosophe préféré ? Sa philosophie, certes, ne dispense pas forcément de lire les grands penseurs. Elle se résume en une phrase qui m’amuse et me ravit, me console et m’éblouit : « Gloire à qui n’ayant pas d’idéal sacro-saint / Se borne à ne pas trop emmerder ses voisins. »